L’article L. 442-11 du Code de l’urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi ALUR, est conforme à la Constitution

Il est ADMYS que la procédure permettant la mise en concordance du cahier des charges d’un lotissement, approuvé ou non, avec la réglementation locale d’urbanisme, ne méconnaît ni le droit de propriété des colotis, ni leur liberté contractuelle garantis par la Constitution.

L’article L. 442-11 du Code de l’urbanisme vise en effet la modification des documents du lotissement, à l’initiative de l’autorité administrative, afin de les mettre en concordance avec la réglementation locale d’urbanisme. Cette faculté concerne notamment le cahier des charges du lotissement, document contractuel régissant les rapports entre les colotis.

 

La loi n° 2014-366 du 24 mars 2014pour l’accès au logement et un urbanisme rénové, dite loi ALUR, a modifié cet article, en précisant notamment qu’est susceptible de mise en concordance le cahier des charges « qu’il soit approuvé ou non approuvé ».

 

C’est précisément cette formulation qui a fait l’objet d’une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), transmise par le Conseil d’État par une décision du 12 mars 2025.

 

Les requérants reprochaient à ces dispositions de permettre à l’autorité administrative de modifier, sans l’accord des propriétaires colotis, les clauses contractuelles d’un cahier des charges, qui régissent les rapports de droit privés entre ces colotis. Il en résulterait ainsi une atteinte disproportionnée au droit de propriété ainsi qu’au droit au maintien des conventions légalement conclues.

 

Dans sa décision du 13 juin 2025, le Conseil constitutionnel toutefois a jugé ces dispositions conformes à la Constitution.

 

Si le Conseil constitutionnel affirme que le droit de propriété et la liberté contractuelle sont des libertés garanties par la Constitution (plus précisément par les articles 2, 4 et 17 de la DDHC de 1789), il rappelle également qu’il est loisible au législateur d’y porter atteinte, à condition que cette atteinte soit justifiée par un motif d’intérêt général et proportionnée à l’objectif poursuivi.

 

En ce qui concerne les dispositions visées par la QPC, le Conseil constitutionnel a considéré que celles-ci avaient pour objet de favoriser la densification des quartiers de lotissement et de permettre aux colotis de bénéficier de l’intégralité des droits à construire résultant de la réglementation d’urbanisme applicable, ce qui constitue un objectif d’intérêt général.

 

Il a par ailleurs considéré que les atteintes au droit de propriété et à la liberté contractuelle qui en découlent sont strictement encadrées et ne sont pas disproportionnées. En effet, la modification du cahier des charges ne portant que sur la mise en conformité avec le document d’urbanisme applicable, celle-ci n’a ni pour objet, ni pour effet de permettre la modification des clauses de nature contractuelle intéressant les seuls colotis.

Conclusion

Dans ces conditions, les dispositions contestées ne portent pas une atteinte disproportionnée à l’exercice du droit de propriété des colotis, au regard de l’objectif poursuivi, et ne méconnaissent pas davantage leur droit au maintien des conventions légalement conclues. L’article L. 442-11 du Code de l’urbanisme, dans sa rédaction issue de la loi ALUR, est donc conforme à la Constitution.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

06.11.2025

Le bail rural des personnes publiques à l’épreuve du temps

Il est ADMYS que les personnes publiques doivent respecter le droit de priorité des « jeunes agriculteurs » lors de l’attribution des baux ruraux. La Cour administrative d’appel de Nancy dans deux décisions du 16 septembre 2025 vient de clarifier au moins partiellement le droit de priorité prévu par l’article L. 411-15 du Code rural et de la pêche maritime.

Blog Image

05.02.2026

Durée des accords-cadres : le pragmatisme imposé par la vie des contrats

Il est ADMYS que la fixation par le Code de la commande publique (« CCP ») d’une durée maximale pour les accords-cadres s’oppose, par principe, à ce qu’une une telle durée soit prolongée. Toutefois, confronté aux exigences concrètes de l’exécution des contrats publics, le juge administratif continue d’affiner les contours d’une telle règle, oscillant entre rigueur juridique et pragmatisme.

Blog Image

27.02.2026

Compétence administrative sur le contrat de cession d’un bien du domaine public au profit d’un autre domaine public

Il est ADMYS qu’« un contrat conclu entre deux personnes publiques revêt en principe un caractère administratif, sauf dans les cas où, eu égard à son objet, il ne fait naître entre les parties que des rapports de droit privé » (TC, 21 mars 1983, UAP, n°02256). Par sa décision du 16 février 2026, le Tribunal des conflits offre une application très concrète de ce principe.

Blog Image

05.01.2026

Le maire doit contrôler l’atteinte portée par un projet de construction aux alignements d’arbres protégés en bordure d’une voie ouverte à la circulation publique

Il est ADMYS que lorsqu’un permis de construire concerne un projet entraînant l’abattage ou l’atteinte d’arbres protégés au sens de l’ancien article L. 350-3 du Code de l’environnement, le permis de construire vaut dérogation au sens de cet article et, à ce titre, doit respecter les conditions qui y sont posées.

Blog Image

27.01.2026

Zoom sur la création du statut de l'élu local

Il est ADMYS que la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local marque une étape structurante dans la reconnaissance et la sécurisation de l’engagement des élus locaux.

Blog Image

20.02.2026

La fermeture administrative des lieux de culte validée mais encadrée

Il est ADMYS que, dans le cadre de la fermeture administrative temporaire des lieux de culte prévu à l’article 36-3 de la loi du 9 décembre 1905, le préfet peut prendre en compte des éléments extérieurs au lieu de culte, à condition qu’ils présentent un lien suffisant avec celui-ci et que la mesure demeure nécessaire, adaptée et proportionnée.

Blog Image

30.04.2026

Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Il est ADMYS que le Conseil d’État, par trois décisions du 16 mars 2026, confirme la solidité du cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme et consacre le rôle central de l’État dans son encadrement. Les recours dirigés contre le décret du 8 avril 2024 sont rejetés, limitant ainsi les marges de contestation des acteurs locaux.

Blog Image

27.01.2026

Le bail rural n’a pas sa place à Chambord

Il n’est pas ADMYS que des terres agricoles situées au sein du domaine national de Chambord puissent être exploitées sur le fondement d’un bail rural, dès lors qu’elles relèvent du domaine public. La domanialité publique globale emporte des conséquences directes sur les modalités d’occupation, imposant le recours à une convention d’occupation temporaire, nécessairement précaire et révocable.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image