Création de régies eau et assainissement : obligation ou simple option en cas de DSP ?

Lors d’un transfert de compétences eau et assainissement, une question revient souvent : l’EPCI doit-il créer une ou plusieurs régies dédiées lorsque le ou les services sont entièrement géré par un délégataire ? À partir d’une analyse réalisée pour une communauté de communes, nous revenons sur ce sujet en vue de sécuriser votre organisation.

Il résulte de l’article L. 2224-11 du CGCT que les services d'eau et d'assainissement sont des Services Publics Industriels et Commerciaux (SPIC).

Or, l'article L. 1412-1 du même code oblige précisément les collectivités territoriales et leurs groupements à constituer une régie pour l'exploitation directe d'un SPIC.

La gestion directe d’un service peut revêtir plusieurs formes (CE, 6 avril 2007, Commune d’Aix-en-Provence, n°284736),

à savoir une gestion en régie dite simple (interne), en régie avec la seule autonomie financière (régie autonome) ou avec autonomie financière et personnalité morale (régie personnalisée).

Précisément, l’article L. 2221-8 du CGCT indique que les créations de régies simples ne sont plus autorisées depuis 1927.

Les intercommunalités ne disposant pas de régie eau ou assainissement antérieurement à 1927 sont ainsi dans l’obligation de créer des régies autonomes ou personnalisées.

Cette obligation est confirmée par le Gouvernement (Cf. en ce sens Rép. min.n° 3363 : JO Sénat 12 avr. 2018, 1792).

Elle est toutefois remise en cause par certaines intercommunalités. Selon elles, laCollectivité ne jouerait aucun rôle dans l’organisation du service eau et/ou assainissement dans le cas où ce dernier serait entièrement externalisé à un délégataire de service public.

Or, un tel postulat est nécessairement erroné.

En effet, même dans l’hypothèse où un service est délégué à un tiers, la collectivité n’est jamais absente de cette gestion.

A minima, la collectivité doit déployer des ressources humaines pour opérer un contrôle efficace sur le délégataire.

La collectivité a également, souvent, à sa charge le pilotage des investissements.

Enfin, la collectivité se retrouve parfois dans une situation hybride avec une co-existence entre une DSP et des services qui demeurent en gestiondirecte, appuyée par un prestataire technique et une facturation opérée pour le compte de la collectivité.

Dans ces trois configurations, la collectivité doit en tout état de cause piloter les contrats en cours, repris à son niveau lors du transfert de compétence.

Il en résulte, en définitive, qu’une intercommunalité ne saurait prétendre se voir transférer un service eau ou assainissement sans nouvelles tâches qui en découlerait pour elle.

Or, l’existence d’une gestion directe, même partielle, entraîne une obligation organisationnelle. L’EPCI doit donc disposer d’une structure dédiée (autrement dit une régie), permettant de recevoir les recettes, retracer les dépenses et assurer un pilotage conforme à l’instruction M4.

Conclusion

En clair, il apparaît difficile pour une collectivité de se soustraire à l’obligation de création d’une régie autonome ou personnalisée, y compris lorsque le service est entièrement délégué.

Cette obligation juridique est également une garantie de transparence, de bonne gestion et de lisibilité pour les usagers.

Chez ADMYS, nous accompagnons les intercommunalités dans la structuration de ces régies, en veillant à rendre le cadre clair, opérationnel et adapté aux réalités du terrain.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

27.01.2026

Zoom sur la création du statut de l'élu local

Il est ADMYS que la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local marque une étape structurante dans la reconnaissance et la sécurisation de l’engagement des élus locaux.

Blog Image

27.02.2026

Compétence administrative sur le contrat de cession d’un bien du domaine public au profit d’un autre domaine public

Il est ADMYS qu’« un contrat conclu entre deux personnes publiques revêt en principe un caractère administratif, sauf dans les cas où, eu égard à son objet, il ne fait naître entre les parties que des rapports de droit privé » (TC, 21 mars 1983, UAP, n°02256). Par sa décision du 16 février 2026, le Tribunal des conflits offre une application très concrète de ce principe.

Blog Image

31.03.2026

Pas de lotissement opposable sans transfert de propriété ou de jouissance des lots

Il est ADMYS que le troisième alinéa de l’article R. 151-21 du Code de l’urbanisme permet d’apprécier le respect des règles du PLU à l’échelle du lot dans le cadre d’un lotissement. Toutefois, cette application est conditionnée par l’intervention préalable d’un transfert de propriété ou de jouissance d’au moins un lot.

Blog Image

09.03.2026

Phase de candidature : quand l’acheteur va trop loin, la censure est immédiate !

Il est ADMYS que l’acheteur public doit respecter strictement les règles applicables à la phase de candidature, notamment en matière de définition des conditions de sélection des candidats et de critères objectifs, sous peine d’annulation de la procédure de passation pour méconnaissance des obligations de mise en concurrence et de publicité.

Blog Image

17.10.2025

Quand les biens de retour d'une concession funéraire enterrent le droit de propriété

Il est ADMYS que la qualité de propriétaire d’un terrain sur lequel ont été construits des biens nécessaires à l’exploitation d’un service public ne fait pas obstacle au retour gratuit de ces biens à la commune au terme de la concession de service public (CAA Lyon, 7 novembre 2024, Société Pompes funèbres régionale roannaise, n°24LY00428).

Blog Image

31.03.2026

Rupture jurisprudentielle sur la neutralité des élus locaux

Il est ADMYS qu'une interdiction générale des signes religieux ostensibles en séance d'un conseil municipal puisse être inscrite dans le règlement intérieur du conseil. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon etient une conception sensiblement plus exigeante de la laïcité que celle jusqu’ici admise.

Blog Image

17.10.2025

Le référé-suspension environnemental ne s'applique que pour les projets susceptibles d'affecter l'environnement

Il est ADMYS qu’en matière de référé-suspension contre une décision d’aménagement, l’existence de conclusions défavorables de la commission d’enquête implique, pour le requérant, de se prévaloir d’une condition d’urgence à suspendre lorsque la décision soumise à enquête publique préalable ne porte pas sur une opération susceptible d’affecter l’environnement.

Blog Image

17.10.2025

Concours restreint : l’exception qui échappe au délai de standstill et ferme la voie du référé contractuel aux concurrents évincés

Il est désormais ADMYS que le moyen en vertu duquel l’acheteur ne respecte pas le délai de standstill auquel il s’est volontairement soumis dans le cadre d’une procédure de concours restreint, qui n’est pas une procédure formalisée au sens de l’article L.2124-1 du Code de la commande publique, n’est pas recevable au titre du référé contractuel.

Blog Image

17.10.2025

L'année 2025, comme une ère de simplification en commande publique ?

Il est ADMYS que le décret n°2024-1251 du 30 décembre 2024 portant diverses mesures de simplification du droit de la commande publique est venu concrétiser certaines attentes des acheteurs et opérateurs économiques pour une action publique plus efficace et simplifiée.

Blog Image

21.04.2026

Plainte abusive d’une collectivité : le juge judiciaire reprend la main

Il est ADMYS que les conclusions indemnitaires dirigées contre une personne publique en raison du caractère prétendument abusif d’une plainte relèvent de la compétence du juge judiciaire. Cette solution s’inscrit dans une jurisprudence constante fondée sur l’indissociabilité entre l’acte de signalement et la procédure pénale.

Blog Image

23.02.2026

Rappel à l'ordre sur les menus de substitution

Il est ADMYS que si aucune collectivité n’est tenue de proposer des menus de substitution dans ses cantines scolaires, elle ne peut légalement les supprimer en se fondant sur une lecture erronée du principe de laïcité.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image