Taxe foncière et baux commerciaux : les bailleurs pourraient mettre la main à la poche

La répartition de la taxe foncière dans les baux commerciaux revient au cœur de l’actualité législative. Entre la suppression d’une réforme attendue et le dépôt d’une nouvelle proposition de loi en janvier 2026, le cadre juridique reste mouvant et appelle à la vigilance des bailleurs commerciaux.

En effet, en droit positif, la taxe foncière est légalement due par le propriétaire du bien immobilier. Toutefois, en matière de baux commerciaux, le Code de commerce autorise depuis longtemps sa re facturation contractuelle au locataire, sous réserve du respect des règles issues de la loi Pinel et de son décret d’application.

En pratique, la taxe foncière est très majoritairement mise à la charge du preneur, soit directement, soit via les charges récupérables.


Cette imputation est parfois analysée comme un surloyer, venant s’ajouter à un loyer déjà indexé, dans un contexte de hausse continue des valeurs locatives et de pression économique sur les entreprises.

Le projet de loi de simplification de la vie économique n° 758, déposé le mercredi 18 juin 2025 prévoyait dans son article 8 ter la création d’un article L. 145-40-2 du Code de commerce, imposant au bailleur de supporter intégralement la taxe foncière (article 8 ter) :

« La taxe foncière mentionnée à l’article1380 du Code général des impôts est à la charge du bailleur et automatiquement acquittée par ce dernier »

Cette disposition marquait un changement de paradigme, en rattachant clairement la taxe foncière à la propriété du bien et non à son exploitation.

Toutefois, il résulte du rapport n°286 publié le 20 janvier 2026  que la commission mixte paritaire a supprimé cet article 8 ter.


La réforme annoncée n’a donc pas vu le jour, laissant subsister le régime contractuel actuel.

Cependant, quelques jours auparavant, le 13 janvier 2026, une proposition de loi visant àlimiter l’imputation de la taxe foncière au locataire dans les baux commerciaux était déposée à l’Assemblée nationale.

Cette proposition prévoit :

- que la taxe foncière ne pourrait être imputée au locataire qu’à hauteur de 50 % maximum,

- que cette limitation s’appliquerait aux baux conclus ou renouvelés après l’entrée en vigueur de la loi,

- et surtout que cette nouvelle répartition ne pourrait pas être compensée par une augmentation du loyer, y compris lors du renouvellement.

L’objectif affiché est clair : éviter que la réforme ne soit neutralisée contractuellement et assurer un partage effectif de la charge entre bailleur et preneur.

Conclusion

Ainsi, la conclusion ou le renouvellement d’un bail commercial en 2026 devra tenir compte d’une possible évolution du cadre légal affectant la répartition des charges. Les bailleurs devront donc être vigilants quant à l’évolution de cette proposition de loi.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

17.11.2025

Préemption : interprétation stricte de l’erreur substantielle quant à la consistance du bien mentionnée dans la DIA

Il est ADMYS qu’une première déclaration d’intention d’aliéner (DIA) mentionnant un bien bâti destiné à la démolition n’est pas entachée d’une erreur substantielle relative à sa consistance, pouvant motiver l’irrecevabilité de cette déclaration par l’autorité préemptrice, de sorte que la réception d’une seconde DIA ne fait pas courir le délai de deux mois pour exercer le droit de préemption.

Blog Image

31.03.2026

Rupture jurisprudentielle sur la neutralité des élus locaux

Il est ADMYS qu'une interdiction générale des signes religieux ostensibles en séance d'un conseil municipal puisse être inscrite dans le règlement intérieur du conseil. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon etient une conception sensiblement plus exigeante de la laïcité que celle jusqu’ici admise.

Blog Image

12.03.2026

Interprétation stricte de la formalité de notification des recours contre les autorisations d’urbanisme

Il est ADMYS que le requérant ne peut être exonéré de l’obligation de notification en cas d’appel dirigé contre un jugement statuant sur une décision procédant au retrait d’un permis de construire. Et ce, même en cas d’absence d’affichage sur le terrain des mentions rappelant l’obligation de notification, de disparition juridique du bénéficiaire ou encore en cas de difficultés liées à l’adresse de ce dernier.

Blog Image

17.10.2025

Quand les biens de retour d'une concession funéraire enterrent le droit de propriété

Il est ADMYS que la qualité de propriétaire d’un terrain sur lequel ont été construits des biens nécessaires à l’exploitation d’un service public ne fait pas obstacle au retour gratuit de ces biens à la commune au terme de la concession de service public (CAA Lyon, 7 novembre 2024, Société Pompes funèbres régionale roannaise, n°24LY00428).

Blog Image

22.06.2026

Loi de simplification de la vie économique : encore des dérogations en matière d'urbanisme et d'environnement...

Il est ADMYS que la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 poursuit un objectif assumé d’accélération des projets publics et privés. Sans remettre en cause fondamentalement le rôle structurant des documents de planification, le législateur continue de multiplier les mécanismes dérogatoires destinés à faciliter la réalisation des projets jugés stratégiques, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie et de l’aménagement commercial.

Blog Image

27.01.2026

Zoom sur la création du statut de l'élu local

Il est ADMYS que la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local marque une étape structurante dans la reconnaissance et la sécurisation de l’engagement des élus locaux.

Blog Image

17.10.2025

Concours restreint : l’exception qui échappe au délai de standstill et ferme la voie du référé contractuel aux concurrents évincés

Il est désormais ADMYS que le moyen en vertu duquel l’acheteur ne respecte pas le délai de standstill auquel il s’est volontairement soumis dans le cadre d’une procédure de concours restreint, qui n’est pas une procédure formalisée au sens de l’article L.2124-1 du Code de la commande publique, n’est pas recevable au titre du référé contractuel.

Blog Image

17.06.2026

Prise illégale d’intérêts : la Cour de cassation confirme la mission de service public des notaires

Il est ADMYS que la qualité de personne chargée d’une mission de service public ne se limite pas aux seuls agents publics. Dans un arrêt du 21 janvier 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation confirme que les notaires, en leur qualité de délégataires de l’autorité publique, accomplissent une mission d’intérêt général et relèvent à ce titre du régime applicable aux personnes chargées d’une mission de service public

Blog Image

20.02.2026

La fermeture administrative des lieux de culte validée mais encadrée

Il est ADMYS que, dans le cadre de la fermeture administrative temporaire des lieux de culte prévu à l’article 36-3 de la loi du 9 décembre 1905, le préfet peut prendre en compte des éléments extérieurs au lieu de culte, à condition qu’ils présentent un lien suffisant avec celui-ci et que la mesure demeure nécessaire, adaptée et proportionnée.

Blog Image

17.10.2025

Secteur public : acquérir des biens immobiliers sans autorisation peut constituer une infraction financière

Il est ADMYS que l’engagement de dépenses sans en avoir l’autorisation peut constituer l’infraction visée à l’article L. 313-3 du Code des juridictions financières. Voici une récente illustration de cette notion concernant les acquisitions immobilières réalisées par une fondation faisant appel à la générosité publique, la Fondation « Assistance aux animaux » (C.Cptes, 8 janvier 2025, Fondation Assistance aux animaux, aff. N°874).

Blog Image

18.12.2025

Même en cas de modification tardive du dossier de demande de permis de construire, le silence de l’administration sur la prorogation du délai d’instruction fait naître un permis tacite

Il est ADMYS qu’en cas de modification apportée par le pétitionnaire à sa demande de permis de construire juste avant l’expiration du délai d’instruction, un permis de construire tacite naît dès l’expiration du délai notifié dès lors que l’administration ne l’informe pas de la prorogation de ce délai. Par suite, la décision ultérieure refusant d’accorder le permis doit être regardée comme un retrait de ce permis tacite.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image