Protection fonctionnelle de l’élu : avant l’heure, c’est pas l’heure !

En application de l’article L.2123-34 du CGCT, la commune est tenue d’accorder sa protection au maire lorsqu’il fait l’objet de poursuites pénales à l’occasion de faits qui ne présentent pas le caractère d’une faute détachable de l’exercice des fonctions. Cette protection vise principalement la prise en charge des frais de défense de l’élu poursuivi dans un cadre juridictionnel pénal, sous réserve que l’action publique ait été régulièrement engagée.

Dans l’affaire soumise au tribunal administratif de Cergy-Pontoise (TA Cergy-Pontoise, 13 janvier 2026, n° 2216071), le conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux avait accordé la protection fonctionnelle à son maire parune délibération du 13 octobre 2022, alors que celui-ci faisait l’objet de deux plaintes pour des faits d’agression sexuelle et de harcèlement sexuel et moral.À cette date, une enquête était en cours, mais aucune information judiciaire n’avait été ouverte et aucun magistrat n’avait été saisi.

Le tribunal rappelleavec précision que la notion de poursuites pénales suppose la mise en mouvement del’action publique, laquelle intervient notamment par le dépôt d’une plainteavec constitution de partie civile ou par l’ouverture d’une informationjudiciaire par le procureur de la République.
Dès lors, le dépôt de simples plaintes, même suivi d’investigations, ne suffitpas à remplir cette condition. En accordant la protection fonctionnelle dans untel contexte, le conseil municipal a donc commis une erreurde droit.

La commune soutenaittoutefois que la délibération aurait pu être légalement fondée sur l’article L.2123-35 du CGCT, qui impose à la commune de protéger le maire contreles violences, menaces ou outrages dont il pourrait être victime àl’occasion ou du fait de ses fonctions. Elle sollicitait ainsi une substitutionde base légale.

Le tribunal écartecette possibilité. Il relève que la délibération litigieuse était exclusivementmotivée par la nécessité d’assurer la défense pénale du maire, sans viser laprotection contre des outrages ou la réparation d’un préjudice subi dansl’exercice des fonctions.
Surtout, il juge que les articles L. 2123-34 et L. 2123-35 du CGCT n’ont ni le même objet ni la même portée, et n’ouvrent pas à l’administration un pouvoir d’appréciation équivalent. La substitution de base légale aurait ainsi supposé l’appréciation de motifs distincts de ceux examinés par le conseil municipal, ce qui faisait obstacle à une telle régularisation.

Le tribunal en déduit que la délibération accordant la protection fonctionnelle au maire devait être annulée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres moyens soulevés parles requérants.

‍

Conclusion

Ce jugement rappelle avec clarté que l’octroi de la protection fonctionnelle des élus est strictement encadré parles textes.
Il impose aux collectivités une vigilance particulière sur le fondement juridique mobilisé, en distinguant nettement la protection liée à des poursuites pénales de celle visant à garantir l’élu contre des attaques subies dans l’exercice de ses fonctions. À défaut, la délibération encourt l’annulation pour erreur de droit, sans possibilité de régularisation a posteriori par substitution de base légale.

‍

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

17.07.2026

Quand la Cour de cassation s'invite dans les marchés publics

Il est ADMYS que la présence d'un marché public n'entraîne pas systématiquement la compétence du juge administratif. Par un arrêt publié au Bulletin le 25 juin 2026, la Cour de cassation rappelle que les litiges fondés sur l'exécution du contrat de groupement conclu entre les entreprises relèvent du juge judiciaire, dès lors qu'ils ne remettent pas en cause les décisions prises par le maître d'ouvrage public.

Blog Image

16.07.2026

Quand une exigence injustifiée peut faire tomber à l’eau toute une procédure de passation…

Il est ADMYS que la liberté dont dispose l’autorité concédante pour définir son besoin ne lui permet pas d’imposer aux candidats des obligations qui ne seraient pas objectivement nécessaires à la bonne exécution du contrat. Par une décision du 16 juin 2026 (req. n°513564), le Conseil d’État précise également que le juge du référé précontractuel exerce un contrôle sur ce point lorsqu’une telle exigence est susceptible de favoriser un candidat.

Blog Image

12.06.2026

Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Il est ADMYS que le Conseil d’État, par trois décisions du 16 mars 2026, valide le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme et consacre le rôle central de l’État dans son encadrement. Les recours dirigés contre le décret du 8 avril 2024 sont rejetés, limitant ainsi les marges de contestation des acteurs locaux.

Blog Image

17.10.2025

Concours restreint : l’exception qui échappe au délai de standstill et ferme la voie du référé contractuel aux concurrents évincés

Il est désormais ADMYS que le moyen en vertu duquel l’acheteur ne respecte pas le délai de standstill auquel il s’est volontairement soumis dans le cadre d’une procédure de concours restreint, qui n’est pas une procédure formalisée au sens de l’article L.2124-1 du Code de la commande publique, n’est pas recevable au titre du référé contractuel.

Blog Image

21.04.2026

Conflit d’intérêts en AMO : un vice ab initio qui contamine toute la procédure

Il est ADMYS que la cessation d’une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage, même postérieure à l’annulation d’une procédure de passation, ne permet pas, à elle seule, de sécuriser la reprise de cette procédure lorsqu’un conflit d’intérêts existait dès l’origine, en particulier en raison de l’accès à des informations confidentielles.

Blog Image

21.09.2026

Nouvel assouplissement des règles d'urbanisme avec la Loi « Montagne vivante et souveraine » du 18 août 2026

Il est ADMYS que la loi n° 2026-797 du 18 août 2026 pour une montagne vivante et souveraine modifie sensiblement le régime d’urbanisme applicable aux territoires de montagne, s’agissant principalement du principe de continuité. Cette loi est présentée comme un moyen de mieux prendre en compte les réalités locales et de soutenir leur développement économique, en assouplissant les règles d’urbanisation.

Blog Image

15.09.2026

Visite du pape : quand l’intérêt public local justifie la dépense communale

Il est ADMYS que le principe de laïcité n’interdit pas, par lui-même, à une collectivité de financer un dispositif lié à un événement comportant une dimension religieuse, dès lors que la dépense répond à un intérêt général local suffisamment caractérisé. À l’occasion de la visite du pape Léon XIV à Metz, le juge des référés retient notamment la portée internationale de l’événement, l’affluence attendue et les finalités d’accueil et de gestion des flux pour écarter, en l’état de l’instruction, tout doute sérieux sur la légalité de la dépense.

Blog Image

21.10.2026

Le juge pénal peut requalifier une convention d’occupation du domaine public et statuer sur l’appartenance au domaine public d’un bien

Il est ADMYS que la qualification donnée par une collectivité à un contrat ne suffit pas à écarter le risque pénal lié au délit de favoritisme ! Par un arrêt du 30 septembre 2026 (Cass. crim., 30 septembre 2026, n° 25-81.866), la Cour de cassation confirme que le juge pénal peut requalifier une convention d’occupation du domaine public en contrat de concession, sans avoir à saisir préalablement le juge administratif.

Blog Image

21.04.2026

Marchés spécifiques et SAD : le Conseil d’État précise les règles du jeu

Il est ADMYS que la signature de premiers marchés spécifiques n’empêche pas le juge du référé précontractuel d’être saisi pour des manquements affectant les marchés spécifiques à venir, et qu’à ce titre une demande d’admission ne peut être rejetée sur le fondement d’un critère non prévu au RC.

Blog Image

20.02.2026

La fermeture administrative des lieux de culte validée mais encadrée

Il est ADMYS que, dans le cadre de la fermeture administrative temporaire des lieux de culte prévu à l’article 36-3 de la loi du 9 décembre 1905, le préfet peut prendre en compte des éléments extérieurs au lieu de culte, à condition qu’ils présentent un lien suffisant avec celui-ci et que la mesure demeure nécessaire, adaptée et proportionnée.

Blog Image

28.07.2026

Signe religieux visible et recrutement dans la police : les limites du principe de neutralité

Il est ADMYS que le principe de laïcité ne permet pas d'écarter un candidat à un emploi public au seul motif qu'il présente une marque physique résultant de sa pratique religieuse. Dans une décision publiée au Recueil Lebon le 27 juillet 2026, le Conseil d'État rappelle que seule une manifestation des convictions religieuses dans l'exercice des fonctions peut justifier une incompatibilité avec l'obligation de neutralité, et non la seule apparence de l'agent.

Blog Image

28.05.2026

Une ouverture à l'urbanisation d'un secteur n'est pas illégale du seul fait de la présence d'une canalisation de transport de gaz naturel

Il est ADMYS que la seule présence d’une canalisation de transport de gaz grevée de servitudes d’utilité publique ne fait pas obstacle, par principe, à l’ouverture à l’urbanisation d’un secteur par un PLU. Le Conseil d’État rappelle ainsi que le juge administratif ne peut exercer qu'un contrôle restreint sur les choix d’aménagement retenus par la collectivité.

Blog Image

17.10.2025

Quand les biens de retour d'une concession funéraire enterrent le droit de propriété

Il est ADMYS que la qualité de propriétaire d’un terrain sur lequel ont été construits des biens nécessaires à l’exploitation d’un service public ne fait pas obstacle au retour gratuit de ces biens à la commune au terme de la concession de service public (CAA Lyon, 7 novembre 2024, Société Pompes funèbres régionale roannaise, n°24LY00428).

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image