Résiliation anticipée d’une COT constitutive de droits réels : une indemnisation analytique

En l’espèce, en 1997, VNF avait conclu une conventiond’occupation d’un immeuble relevant de son domaine public, conventionconstitutive de droits réels et initialement prévue pour 17 ans, prolongéeensuite à 32 ans.

La société Médiéval-AFDP, cessionnaire de ces droits réels,occupait une partie de l’immeuble.

Par une décision du 13 novembre 2018, VNF a mis finunilatéralement à la convention en raison de l’état de péril imminent affectantles locaux, et ce, pour préserver la sécurité du public et des abords.

La société a sollicité l’indemnisation des préjudicesrésultant de cette résiliation anticipée. Après un premier jugement limitant lemontant à environ 15 000 euros, la cour administrative d’appel de Lyon a portél’indemnité à 292 262,08 euros.

En cassation, le Conseil d’État clarifie et précisedavantage les contours du droit à indemnisation de l’occupant dans cesconditions :

-      Il confirme que la fraction non amortie desimmobilisations non transférables résultant des droits réels constitue unpréjudice indemnisable, dès lors qu’elle correspond à une dépensed’investissement qui aurait été couverte au terme normal de la convention ;

-      Il admet que les honoraires d’avocat constituentun préjudice indemnisable dès lors qu’il est directement lié à larésiliation et plus précisément à la rédaction de la demande indemnitairenécessaire pour introduire le contentieux. Ce point n’est pas d’évidence et estassez rare pour être souligné, les frais d’avocats étant généralement cantonnésaux dépens ;

-      Il reconnait aussi le lien direct entrela résiliation et les dépenses engagées par la Société pour se relocaliser. Enappel, la cour avait indemnisé le surcoût de loyer, correspondant à ladifférence entre les nouveaux loyers et les redevances domaniales qu’elleaurait acquittées jusqu’au terme normal de la convention. Le Conseil d’Étatvalide cette analyse : le surcoût supporté jusqu’au terme contractuelprésente un lien direct avec la résiliation anticipée, dès lors qu’ilest nécessaire à la poursuite de l’activité.

En revanche, le Conseil d’État confirme le refusd’indemniser les frais de déménagement, les travaux d’aménagement desnouveaux locaux, les frais de transfert informatique et téléphonique,les frais de communication liés au changement d’adresse, dès lors queces dépenses auraient dû être exposées à l’expiration normale de laconvention, la société ne disposant d’aucun droit au renouvellement niprojet établi de cession avant le terme.

Ainsi, en l’absence de démonstration d’un surcoût spécifiquelié à l’anticipation, ces frais ne présentent pas de lien direct avec larésiliation.

Conclusion

Cette décision illustre avec précision l’approche trèsméthodique du juge administratif qui se refusant à une indemnisation globaledes préjudices allégués, en préférant une analyse fine du lien - direct,matériel et certain -, allégué avec la résiliation.

Pour les personnes publiques, l’arrêt confirme que larésiliation pour motif d’intérêt général demeure possible, mais expose àune indemnisation substantielle lorsque des investissements n’ont pas étéamortis ou lorsque l’éviction génère un surcoût objectivement établi.

Pour les titulaires de COT constitutives de droits réels, ladécision rappelle l’importance de documenter précisément les investissements,de démontrer le caractère non transférable des immobilisations et d’établirrigoureusement le lien de causalité entre la résiliation et les dépensesinvoquées.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

31.03.2026

Rupture jurisprudentielle sur la neutralité des élus locaux

Il est ADMYS qu'une interdiction générale des signes religieux ostensibles en séance d'un conseil municipal puisse être inscrite dans le règlement intérieur du conseil. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon etient une conception sensiblement plus exigeante de la laïcité que celle jusqu’ici admise.

Blog Image

12.06.2026

Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Il est ADMYS que le Conseil d’État, par trois décisions du 16 mars 2026, valide le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme et consacre le rôle central de l’État dans son encadrement. Les recours dirigés contre le décret du 8 avril 2024 sont rejetés, limitant ainsi les marges de contestation des acteurs locaux.

Blog Image

17.10.2025

Eaux pluviales, mur de soutènement et compétence transférée : la chaîne de responsabilité en question

Il est ADMYS que le transfert de la compétence gestion des eaux pluviales (GEPU) implique la substitution du nouveau gestionnaire dans la responsabilité liée au réseau d’évacuation, y compris pour des faits antérieurs au transfert. La Cour administrative d’appel de Marseille (13 mai 2025, n°23MA01504) rappelle en outre que la circonstance qu’un mur soit implanté sur un terrain privé n’empêche pas sa qualification d’ouvrage public.

Blog Image

16.07.2026

Vente immobilière publique : l’acquéreur ne dispose pas d’un droit acquis à la prorogation de la durée de validité du seul fait de la délibération qui autorise la conclusion d’un avenant à l’acte de vente jamais intervenu

Il n'est pas ADMYS qu'une délibération autorisant la signature d'un avenant suffise à modifier les conditions d'une vente immobilière publique. Par une décision du 26 mai 2026, le Conseil d'État rappelle qu'une délibération autorisant le maire à conclure un avenant ne crée aucun droit acquis au profit du cocontractant tant que cet avenant n'a pas été effectivement signé (CE, 26 mai 2025, Commune de Martigues, req n°503135).

Blog Image

22.06.2026

Bail commercial sur le domaine privé communal

Il est ADMYS que la qualification d’un contrat conclu par une collectivité ne dépend ni de son intitulé ni de la seule qualité publique du bailleur. Par un jugement du 12 mai 2026 (TJ Montpellier, pole civil sect. 2, 12 mai 2026, n° 24/05454) le Tribunal judiciaire de Montpellier rappelle qu’un local commercial appartenant à une commune peut parfaitement relever du statut des baux commerciaux lorsque le bien n’appartient pas au domaine public et que le contrat ne comporte pas de clauses exorbitantes du droit commun.

Blog Image

17.06.2026

Plan national des achats durables 2022-2025 : un bilan encourageant avant l’échéance de 2026

Il est ADMYS que la commande publique durable a franchi une étape importante avec le Plan national des achats durables (PNAD) 2022-2025. En structurant l’accompagnement des acheteurs publics, en développant des outils opérationnels et en renforçant les réseaux territoriaux, ce plan a contribué à diffuser les pratiques d’achat durable dans l’ensemble des territoires.

Blog Image

06.07.2026

Nullité absolue du bail commercial sur le domaine public

Il est ADMYS que… les parties ne peuvent pas soumettre un contrat portant sur une dépendance du domaine public au statut des baux commerciaux. Par un arrêt publié au Bulletin du 21 mai 2026, la Cour de cassation rappelle que ce contrat est frappé de nullité absolue en raison de l'illicéité de son objet, tout en précisant le régime applicable à la prescription de l'action en nullité et aux restitutions consécutives à l'annulation.

Blog Image

27.02.2026

Compétence administrative sur le contrat de cession d’un bien du domaine public au profit d’un autre domaine public

Il est ADMYS qu’« un contrat conclu entre deux personnes publiques revêt en principe un caractère administratif, sauf dans les cas où, eu égard à son objet, il ne fait naître entre les parties que des rapports de droit privé » (TC, 21 mars 1983, UAP, n°02256). Par sa décision du 16 février 2026, le Tribunal des conflits offre une application très concrète de ce principe.

Blog Image

17.10.2025

Concours restreint : l’exception qui échappe au délai de standstill et ferme la voie du référé contractuel aux concurrents évincés

Il est désormais ADMYS que le moyen en vertu duquel l’acheteur ne respecte pas le délai de standstill auquel il s’est volontairement soumis dans le cadre d’une procédure de concours restreint, qui n’est pas une procédure formalisée au sens de l’article L.2124-1 du Code de la commande publique, n’est pas recevable au titre du référé contractuel.

Blog Image

05.02.2026

Durée des accords-cadres : le pragmatisme imposé par la vie des contrats

Il est ADMYS que la fixation par le Code de la commande publique (« CCP ») d’une durée maximale pour les accords-cadres s’oppose, par principe, à ce qu’une une telle durée soit prolongée. Toutefois, confronté aux exigences concrètes de l’exécution des contrats publics, le juge administratif continue d’affiner les contours d’une telle règle, oscillant entre rigueur juridique et pragmatisme.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image