Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Par trois décisions du 16 mars 2026 (CE, 16 mars 2026, n° 495025, n° 494883 et n° 494941), le Conseil d’État est venu préciser le régime juridique applicable à l’agrivoltaïsme tel qu’issu du décret n° 2024-318 du 8 avril 2024, en apportant des éclairages sur la répartition des compétences et les garanties entourant ces projets.

Pour mémoire, ce décret encadre le développement des installations agrivoltaïques en fixant des conditions strictes d’implantation sur les espaces agricoles, naturels et forestiers, afin d’assurer leur compatibilité avec une production agricole significative et la préservation des équilibres environnementaux. Il s’inscrit dans une logique de conciliation entre transition énergétique et protection du foncier agricole.

En l’espèce, le Conseil d’État était saisi de trois recours pour excès de pouvoir dirigés contre ce décret, introduits respectivement par un opérateur économique du secteur des énergies renouvelables, une collectivité régionale et une organisation professionnelle agricole.

Dans une première affaire (n° 495025), le Conseil d’État confirme sa position antérieure relative à la Commission départementale de préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers (CDPENAF). Il avait déjà jugé, dans une décision du 18 septembre 2025, que cette commission, dont l’avis conforme conditionne l’autorisation des projets, constitue une autorité administrative encadrée ne portant atteinte ni au principe d’impartialité ni aux droits et libertés constitutionnellement garantis. L’arrêt du 16 mars 2026 confirme cette analyse et valide ainsi le rôle déterminant de la CDPENAF dans le dispositif.

Dans une deuxième affaire (n° 494883), le Conseil d’État consacre la prééminence de l’État dans la gouvernance de l’agrivoltaïsme. Il juge, d’une part, que la compétence d’élaboration du document-cadre relève du préfet, agissant au nom de l’État, les collectivités territoriales étant uniquement associées à la procédure par voie de consultation. Cette solution exclut toute capacité décisionnelle locale autonome. D’autre part, il considère que les critères définis par le décret – notamment ceux relatifs aux surfaces éligibles et à la notion de production agricole significative – sont suffisamment précis et encadrés, écartant ainsi les critiques tirées d’une prétendue insécurité juridique.

Enfin, dans une troisième affaire (n° 494941), le Conseil d’État valide le dispositif de contrôle et de sanction applicable aux installations agrivoltaïques. Il relève que les garanties offertes sont suffisantes, notamment au regard des pouvoirs de police de l’urbanisme, qui permettent d’assurer le respect des règles applicables. Il admet également la légalité des régimes de sanctions différenciés, en considérant qu’ils reposent sur des différences de situation objectives entre installations agrivoltaïques et autres installations photovoltaïques, sans méconnaître le principe d’égalité.

Conclusion

Le Conseil d’État valide le cadre règlementaire de l’agrivoltaïsme. Il confirme ainsi un modèle de régulation centralisé, mais on peut toutefois déplorer qu'il limite les leviers d’opposition locale et qu'il renforce la prévisibilité juridique des projets.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

15.06.2026

Élection municipale : l’inéligibilité d’un entrepreneur de services municipaux peut-elle entraîner l’annulation de l’élection du maire ?

Il est ADMYS que l’éligibilité des candidats demeure une condition essentielle de la régularité des élections municipales. Par un jugement n°2603306 (non publié) du 22 mai 2026, le Tribunal administratif de Grenoble a annulé l’élection du maire de Val d’Isère après avoir constaté son inéligibilité en qualité d’entrepreneur de services municipaux.

Blog Image

19.02.2026

Quand le contentieux du domaine privé échappe au juge judiciaire.

Il est ADMYS que la gestion du domaine privé d’une personne publique ne relève pas systématiquement du juge judiciaire : lorsqu’un tiers conteste la décision autorisant la conclusion d’une convention d’occupation, la compétence appartient au juge administratif.

Blog Image

31.03.2026

Rupture jurisprudentielle sur la neutralité des élus locaux

Il est ADMYS qu'une interdiction générale des signes religieux ostensibles en séance d'un conseil municipal puisse être inscrite dans le règlement intérieur du conseil. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon etient une conception sensiblement plus exigeante de la laïcité que celle jusqu’ici admise.

Blog Image

12.03.2026

Interprétation stricte de la formalité de notification des recours contre les autorisations d’urbanisme

Il est ADMYS que le requérant ne peut être exonéré de l’obligation de notification en cas d’appel dirigé contre un jugement statuant sur une décision procédant au retrait d’un permis de construire. Et ce, même en cas d’absence d’affichage sur le terrain des mentions rappelant l’obligation de notification, de disparition juridique du bénéficiaire ou encore en cas de difficultés liées à l’adresse de ce dernier.

Blog Image

15.09.2026

Visite du pape : quand l’intérêt public local justifie la dépense communale

Il est ADMYS que le principe de laïcité n’interdit pas, par lui-même, à une collectivité de financer un dispositif lié à un événement comportant une dimension religieuse, dès lors que la dépense répond à un intérêt général local suffisamment caractérisé. À l’occasion de la visite du pape Léon XIV à Metz, le juge des référés retient notamment la portée internationale de l’événement, l’affluence attendue et les finalités d’accueil et de gestion des flux pour écarter, en l’état de l’instruction, tout doute sérieux sur la légalité de la dépense.

Blog Image

17.10.2025

Le projet de l'A69 ne fait pas le poids face à la protection des espèces

Il est ADMYS que la possibilité de déroger aux règles de protection des espèces et de leurs habitats en vue de la réalisation d’un projet d’aménagement suppose que celui-ci réponde à une raison impérative d’intérêt public majeur (TA Toulouse, 27 février 2025, France Nature Environnement Midi-Pyrénées et autres, n° 2303830).

Blog Image

09.07.2026

Le déclassement ne fait pas la désaffectation

Il est ADMYS que le déclassement d'un bien du domaine public ne peut intervenir qu'après sa désaffectation effective. Par une décision du 6 juillet 2026 (n° 502005), le Conseil d'État rappelle avec force que le déclassement ne saurait, à lui seul, produire la désaffectation du bien. Cette décision sécurise les opérations de valorisation du domaine public en réaffirmant les conditions légales qui entourent les procédures de déclassement.

Blog Image

17.10.2025

Quand les biens de retour d'une concession funéraire enterrent le droit de propriété

Il est ADMYS que la qualité de propriétaire d’un terrain sur lequel ont été construits des biens nécessaires à l’exploitation d’un service public ne fait pas obstacle au retour gratuit de ces biens à la commune au terme de la concession de service public (CAA Lyon, 7 novembre 2024, Société Pompes funèbres régionale roannaise, n°24LY00428).

Blog Image

12.03.2026

PLU : pas d’exception opposable sans encadrement

Il est ADMYS qu’à défaut d’un encadrement suffisant, les exceptions aux règles générales d’un plan local d’urbanisme (PLU) sont considérées comme illégales. Le cas échéant, seule la règle générale viendra à s’appliquer.

Blog Image

16.07.2026

Quand une exigence injustifiée peut faire tomber à l’eau toute une procédure de passation…

Il est ADMYS que la liberté dont dispose l’autorité concédante pour définir son besoin ne lui permet pas d’imposer aux candidats des obligations qui ne seraient pas objectivement nécessaires à la bonne exécution du contrat. Par une décision du 16 juin 2026 (req. n°513564), le Conseil d’État précise également que le juge du référé précontractuel exerce un contrôle sur ce point lorsqu’une telle exigence est susceptible de favoriser un candidat.

Blog Image

28.05.2026

Validation de la constitutionnalité de la procédure d'expropriation sur état d’abandon manifeste

Il est ADMYS que la procédure d’expropriation des biens déclarés en état d’abandon manifeste, prévue aux articles L. 2243-1 à L. 2243-4 du Code général des collectivités territoriales (CGCT), est entourée de garanties suffisantes pour assurer le respect du droit de propriété. Par une décision du 22 mai 2026, le Conseil constitutionnel confirme ainsi la conformité à la Constitution de cette procédure spécifique d’expropriation mise en œuvre par les collectivités territoriales.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image