Dérogation "espèces protégées" : ce n'est pas parce que la première condition est remplie que les deux autres le sont...

Deux sociétés étaient titulaires d’un permis de construire portant sur un projet de trois bâtiments comportant des logements locatifs sociaux et des logements en accession sociale.

 

Toutefois, la présence sur le territoire de la commune de Villers-lès-Nancy, à proximité du site d’implantation du projet, de spécimens de salamandres tachetées, bénéficiant du statut d’espèce protégée, les a contraintes à solliciter le préfet de Meurthe-et-Moselle afin d’obtenir une dérogation faune-flore au titre de l’article L. 411-2, 4° du Code de l’environnement.

 

Pour rappel, en vertu de ces dispositions, un projet susceptible d’affecter la conservation d’espèces animales ou végétales protégées et de leurs habitats ne peut être autorisé qu’à titre dérogatoire, s’il remplit trois conditions :

 

-      le projet doit répondre à une RIIPM ;

 

-      il ne doit pas exister de solution alternative permettant de satisfaire cet intérêt public ;

 

-      la dérogation ne doit pas nuire au maintien dans un état de conservation favorable, des populations des espèces concernées.  

 

Le Tribunal administratif de Nancy avait annulé les deux arrêtés du préfet de Meurthe-et-Moselle autorisant la dérogation (TA Nancy, 30 octobre 2020, n° 1901302) sur demande de l’association « La Salamandre de L’Asnée » et autres, au motif que le projet ne répondait pas à la première condition exigeant une RIIPM. Cette annulation avait par la suite été confirmée par la Cour administrative d’appel de Nancy, le 28 septembre 2023 (CAA Nancy, 28 septembre 2023, n° 20NC03693).

 

Cependant, dans son arrêt du 29 janvier 2025, le Conseil d’État a annulé l’arrêt d’appel, en ayant estimé que la création de logements sociaux était de nature à constituer une RIIPM, sans toutefois se prononcer sur les deux autres conditions. L’affaire a été renvoyée à la Cour administrative d’appel de Nancy (CE, 29 janvier 2025, n° 489718).

 

Cette dernière vient de rendre son arrêt, par lequel elle a de nouveau rejeté la requête d’appel des deux sociétés de construction (CAA Nancy, 5 février 2026, n° 25NC00210), en considérant que s’il existait bien une RIIPM, les deux dernières conditions n’étaient pas remplies :

 

-      d’une part, les arrêtés litigieux n’ont fait état d’aucune recherche infructueuse d’un site alternatif et d’aucune étude environnementale permettant d’établir que le terrain serait le seul en mesure de répondre aux besoins à satisfaire et qui aurait un moindre impact sur la conservation des espèces protégées ;

 

-      d’autre part, était entaché d’insuffisance le diagnostic relatif à la présence sur le site des salamandres tachetées empêchant d’apprécier la réalité des impacts du projet sur la conservation de cette espèce protégée.

Conclusion

Ainsi, si dans un contexte de pénurie de logements, le Conseil d’État avait validé cette dérogation en raison de l’accomplissement de la condition d’une RIIPM, la Cour administrative d’appel de renvoi a quand même maintenu son annulation de la dérogation faune-flore, les deux autres conditions permettant d’obtenir celle-ci n’étant en l'espèce pas remplies.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

17.10.2025

Secteur public : acquérir des biens immobiliers sans autorisation peut constituer une infraction financière

Il est ADMYS que l’engagement de dépenses sans en avoir l’autorisation peut constituer l’infraction visée à l’article L. 313-3 du Code des juridictions financières. Voici une récente illustration de cette notion concernant les acquisitions immobilières réalisées par une fondation faisant appel à la générosité publique, la Fondation « Assistance aux animaux » (C.Cptes, 8 janvier 2025, Fondation Assistance aux animaux, aff. N°874).

Blog Image

17.11.2025

Préemption : interprétation stricte de l’erreur substantielle quant à la consistance du bien mentionnée dans la DIA

Il est ADMYS qu’une première déclaration d’intention d’aliéner (DIA) mentionnant un bien bâti destiné à la démolition n’est pas entachée d’une erreur substantielle relative à sa consistance, pouvant motiver l’irrecevabilité de cette déclaration par l’autorité préemptrice, de sorte que la réception d’une seconde DIA ne fait pas courir le délai de deux mois pour exercer le droit de préemption.

Blog Image

17.10.2025

Sans service fait, mais avec règlement s’il-vous-plaît !

Il est ADMYS qu’une suspension d’une partie des prestations contractuelles par le pouvoir adjudicateur en cours d’exécution n’autorise pas ce dernier à écarter la demande de règlement de ladite partie sur le fondement d’une absence d’exécution.

Blog Image

27.01.2026

Zoom sur la création du statut de l'élu local

Il est ADMYS que la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local marque une étape structurante dans la reconnaissance et la sécurisation de l’engagement des élus locaux.

Blog Image

06.11.2025

Le bail rural des personnes publiques à l’épreuve du temps

Il est ADMYS que les personnes publiques doivent respecter le droit de priorité des « jeunes agriculteurs » lors de l’attribution des baux ruraux. La Cour administrative d’appel de Nancy dans deux décisions du 16 septembre 2025 vient de clarifier au moins partiellement le droit de priorité prévu par l’article L. 411-15 du Code rural et de la pêche maritime.

Blog Image

08.01.2026

Peut-on partager une galette des rois dans un service public ?

Il est ADMYS que partager la galette des rois au sein d’un service public est possible. La question de l’organisation d’un moment convivial autour de la galette des rois suscite parfois des interrogations sur sa compatibilité avec le principe de laïcité et de neutralité religieuse. Elle s’inscrit dans le débat plus vaste qui touche à la place des traditions d’origine religieuse dans les espaces gérés par des personnes publiques.

Blog Image

17.10.2025

Concours restreint : l’exception qui échappe au délai de standstill et ferme la voie du référé contractuel aux concurrents évincés

Il est désormais ADMYS que le moyen en vertu duquel l’acheteur ne respecte pas le délai de standstill auquel il s’est volontairement soumis dans le cadre d’une procédure de concours restreint, qui n’est pas une procédure formalisée au sens de l’article L.2124-1 du Code de la commande publique, n’est pas recevable au titre du référé contractuel.

Blog Image

17.10.2025

Quand les biens de retour d'une concession funéraire enterrent le droit de propriété

Il est ADMYS que la qualité de propriétaire d’un terrain sur lequel ont été construits des biens nécessaires à l’exploitation d’un service public ne fait pas obstacle au retour gratuit de ces biens à la commune au terme de la concession de service public (CAA Lyon, 7 novembre 2024, Société Pompes funèbres régionale roannaise, n°24LY00428).

Blog Image

17.10.2025

Eaux pluviales, mur de soutènement et compétence transférée : la chaîne de responsabilité en question

Il est ADMYS que le transfert de la compétence gestion des eaux pluviales (GEPU) implique la substitution du nouveau gestionnaire dans la responsabilité liée au réseau d’évacuation, y compris pour des faits antérieurs au transfert. La Cour administrative d’appel de Marseille (13 mai 2025, n°23MA01504) rappelle en outre que la circonstance qu’un mur soit implanté sur un terrain privé n’empêche pas sa qualification d’ouvrage public.

Blog Image

19.02.2026

Quand le contentieux du domaine privé échappe au juge judiciaire.

Il est ADMYS que la gestion du domaine privé d’une personne publique ne relève pas systématiquement du juge judiciaire : lorsqu’un tiers conteste la décision autorisant la conclusion d’une convention d’occupation, la compétence appartient au juge administratif.

Blog Image

17.10.2025

Le référé-suspension environnemental ne s'applique que pour les projets susceptibles d'affecter l'environnement

Il est ADMYS qu’en matière de référé-suspension contre une décision d’aménagement, l’existence de conclusions défavorables de la commission d’enquête implique, pour le requérant, de se prévaloir d’une condition d’urgence à suspendre lorsque la décision soumise à enquête publique préalable ne porte pas sur une opération susceptible d’affecter l’environnement.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image