À trois mois des élections municipales de mars 2026, le législateur a définitivement adopté la loi créant un statut de l’élu local, après un vote conforme de l’Assemblée nationale sur le texte issu du Sénat. Cette adoption intervient dans un contexte de désaffection croissante pour les mandats locaux, en particulier dans les petites communes, et vise à répondre aux difficultés concrètes rencontrées par les 520 000 élus locaux.
Le texte repose sur une approche globale du mandat, structurée autour de trois séquences : l’accès au mandat, l’exercice du mandat et la sortie du mandat.
En amont des prochaines élections, la loi entend favoriser l’engagement en améliorant l’accompagnement des candidats. Elle crée ainsi un parcours d’information et de préparation à destination des futurs élus, destiné à mieux appréhender les responsabilités attachées au mandat. Dans le même esprit, la durée du congé électif accordé aux salariés candidats est doublée, passant de dix à vingt jours, afin de faciliter la campagne électorale sans fragiliser la situation professionnelle.
Une attention particulière est portée à certains publics dont l’engagement demeure plus difficile : les étudiants et les élus en situation de handicap. La loi prévoit à cet égard des dispositifs spécifiques, notamment le remboursement de frais ou l’aménagement du poste de travail, afin de lever les obstacles matériels à l’exercice d’un mandat électif.
Pendant l’exercice du mandat, la loi comporte plusieurs mesures structurantes.
La plus emblématique concerne la revalorisation des indemnités de fonction des maires des communes de moins de 20 000 habitants.Les maires des communes de moins de 500 habitants bénéficieront d’une augmentation de 10 %, tandis que ceux des communes de 10 000 à 20 000 habitants verront leurs indemnités revalorisées de 4 %. Le coût global de cette mesure est estimé à 55 millions d’euros, son financement devant être précisé dans le cadre de la loi de finances pour 2026.
Il appartiendra toutefois aux collectivités de se prononcer, par délibération, sur l’application immédiate ou non de ces nouveaux montants.
En revanche, la prime régalienne annuelle de 500 euros, annoncée lors du congrès des maires en novembre 2025, ne figure pas dans le texte adopté. Le Gouvernement a indiqué que des discussions restaient en cours quant à ses modalités éventuelles de versement.
Au-delà de la question indemnitaire, la loi élargit les possibilités de remboursement des frais liés à l’exercice du mandat, qu’il s’agisse de déplacements ou d’obligations de représentation. Elle renforce également la conciliation entre mandat et vie personnelle, en améliorant la prise en charge des frais de garde d’enfants ou d’assistance à des personnes dépendantes, et en facilitant le recours à la visioconférence pour certaines réunions.
Sur le plan social, le texte assouplit les règles applicables en cas de congé maladie ou de congé maternité, en autorisant le cumul des indemnités journalières avec les indemnités de fonction, ce qui permet d’éviter une perte financière brutale pour l’élu concerné.
Par ailleurs, la loi renforce la protection fonctionnelle, désormais automatique pour les élus victimes de menaces, de violences ou d’outrages, traduisant une volonté claire de mieux protéger les élus face à la montée des tensions.
La relation entre l’élu et son employeur est également prise en compte, avec la création d’un label “Employeur partenaire de la démocratie locale”, destiné à valoriser les entreprises qui soutiennent l’engagement électif de leurs salariés.
Enfin, la loi s’attache à sécuriser la sortie du mandat, étape souvent source de fragilisation professionnelle. L’allocation différentielle de fin de mandat est prolongée jusqu’à deux ans, offrant un temps de transition plus long vers le retour à l’emploi. Un contrat de sécurisation de l’engagement est créé afin d’accompagner les élus dans cette phase, tandis qu’un certificat de compétences professionnelles permettra de valoriser les compétences acquises au cours du mandat.
Le régime de retraite des élus est également amélioré, avec l’introduction d’une bonification d’un trimestre par mandat complet, reconnaissant ainsi l’investissement dans la durée.
La pleine effectivité de ces mesures demeure toutefois conditionnée à la publication de décrets d’application, annoncés comme devant intervenir rapidement afin de permettre une entrée en vigueur opérationnelle du dispositif.
Conclusion
Cette loi consacre une approche plus réaliste et plus protectrice du mandat local. Elle constitue une avancée significative pour sécuriser l’engagement des élus, tout en appelant les collectivités à s’approprier rapidement ses dispositifs, notamment en matière indemnitaire et organisationnelle.


















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