Comment sécuriser l’implémentation des critères environnementaux en prévision de l’entrée en vigueur de la loi Climat et Résilience ? Les enseignements récents du juge administratif

Il est ADMYS que les critères environnementaux ont vocation à occuper, à compter du 22 août 2026, une place centrale dans l’analyse des offres, mais leur intégration demeure strictement encadrée par les principes fondamentaux de la commande publique.

L’article L.2152-7 du Code de la commande publique (« CCP ») pose que le marché est attribué sur la base de critères objectifs, précis et liés à l’objet du marché ou à ses conditions d’exécution.

Très tôt, le Conseil d’État a reconnu la possibilité pour les acheteurs d’intégrer des critères ayant trait au développement durable pour l’attribution d’un marché public, dès lors que celui-ci « est susceptible d'être exécuté, au moins en partie, par des personnels engagés dans une démarche d'insertion »et « dès lors que ce critère n'est pas discriminatoire et lui permet d'apprécier objectivement ces offres » (Conseil d’État, 25 mars 2013, Département de l’Isère, req. n° 364950).

Cette solution a été entérinée par l’entrée en vigueur de la loi« Industrie verte » en 23 octobre 2023, qui a inséré à l’articleL.2152-7 du CCP la disposition selon laquelle l’offre économiquement la plus avantageuse est déterminée sur une pluralité de critères qui, outre celui duprix, comprennent « des aspects qualitatifs, environnementaux ou sociaux ».


La dernière évolution législative en la matière a été portée par la loi « Climat et résilience » du 22 août 2021, qui impose, à compter du 22 août 2026, la prise en compte d’au moins un critère environnemental dans l’attribution des marchés publics, sauf impossibilité justifiée par l’objet du marché.

 

Pour autant, cette prise d’importance des considérations environnementales ne dispense pas les acheteurs du respect des grands principes de la commande publique, à savoir l’égalité de traitement, la transparence des procédures et le libre accès à la commande publique. En ce sens, les décisions rendues en novembre 2025 par les tribunaux administratifs de Grenoble et de Nantes illustrent avec précision cette ligne de crête entre ambitions environnementales et sécurisation des procédures de passation.

 

Dans l’affaire jugée par le Tribunal administratif de Grenoble le 14 novembre 2025 (req.n° 2510707), l’acheteur avait intégré, au sein d’un marché de travaux pour la réfection de trois toitures à pans, un critère intitulé « performances en matière de protection de l’environnement », pondéré à hauteur de 10 %. Toutefois, selon la société requérante, un tel critère n’était accompagné d’aucune indication sur les attentes de l’acheteur (attentes techniques, indicateurs d’évaluation, etc.), lui conférant dès lors une liberté de choix discrétionnaire.

Tout d’abord, le juge rappelle qu’un critère d’attribution doit être formulé de manière suffisamment précise et intelligible afin de permettre aux opérateurs économiques de comprendre les attentes de l’acheteur et de présenter une offre pertinente.


Ensuite, le juge constate qu’en l’absence de tout standard d’analyse, d’indication sur les éléments attendus ou sur les modalités d’évaluation, le critère environnemental retenu ne permettait pas aux candidats de proposer une offre pertinente. Le tribunal relève en outre que les documents de la consultation ne prévoyaient aucune obligation en matière de développement durable : en effet, les dispositions relatives à la gestion des déchets relevaient davantage, en l’espèce, des modalités d’organisation générale du chantier puisqu’elles attribuent la responsabilité des déchets au titulaire du marché, aucun élément lié à la protection de l’environnement n’étant clairement prévu.

Le tribunal en déduit que l’acheteur a méconnu les dispositions du Code de la commande publique, et prononce l’annulation de la procédure de passation.
Cette décision rappelle que la promotion des objectifs environnementaux ne saurait justifier des critères « vitrines », dépourvus de contenu opérationnel.

 

À l’inverse, le tribunal administratif de Nantes, dans une ordonnance du 20 novembre2025 (req. n° 2517807),adopte une approche plus souple quant à la structuration des critères environnementaux.Dans cette affaire, un syndicat mixte avait lancé une procédure pour l’attribution d’un marché public de traitement des déchets, intégrant un critère relatif à « l’impact environnemental » de la prestation. Le candidat évincé soutenait que ce critère était insuffisant dès lors qu’il ne tenait pas compte la distance parcourue lors du traitement des déchets, élément qu’il estimait déterminant.

Le juge considère, contrairement au candidat évincé, que l’absence de prise en compte de la distance parcourue au stade du traitement des déchets n’empêche pas l’acheteur d’apprécier les offres, de telle sorte qu’un tel paramètre n’est pas « indispensable » mais seulement « utile »,selon les termes de l’ordonnance. Le juge en conclut que l’absence de prise en compte de la distance parcourue n’empêchait pas l’acheteur d’apprécier utilement la valeur environnementale des offres.

 

Prises ensemble, ces deux décisions éclairent utilement le cadre juridique applicable aux critères environnementaux en droit de la commande publique : si leur intégration est encouragée, et sera même imposée à compter du 22 août 2026, elle suppose une rédaction rigoureuse, traduisant des attentes claires et vérifiables par l’acheteur.


En revanche, cette exigence de précision ne se confond pas avec une obligation d’exhaustivité : l’acheteur conserve une marge d’appréciation dans la sélection des paramètres environnementaux qu’il estime pertinents au regard de l’objet du marché et de ses besoins.

Conclusion

Enconséquence, pour s’inscrire en conformité avec le Code, l’acheteur devra, dans le cadre de l’implémentation des critères environnementaux :

Définir systématiquement le contenu et les modalités d’évaluation du critère environnemental, lequel doit être compréhensible, mesurable et vérifiable ;

Vérifier le lien direct entre le critère environnemental et l’objet du marché (nature de la prestation, impacts environnementaux directs) ou ses conditions d’exécution (modalités d’intervention, moyens mobilisés, organisation de la prestation) ;

Assumer un choix raisonné des paramètres environnementaux en formalisant, le cas échéant et en amont, le raisonnement ayant conduit à retenir – ou écarter – certains paramètres ainsi qu’en évitant les critères trop généraux ou purement déclaratifs, au profit d’une approche ciblée et proportionnée.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

09.03.2026

Phase de candidature : quand l’acheteur va trop loin, la censure est immédiate !

Il est ADMYS que l’acheteur public doit respecter strictement les règles applicables à la phase de candidature, notamment en matière de définition des conditions de sélection des candidats et de critères objectifs, sous peine d’annulation de la procédure de passation pour méconnaissance des obligations de mise en concurrence et de publicité.

Blog Image

31.03.2026

Pas de lotissement opposable sans transfert de propriété ou de jouissance des lots

Il est ADMYS que le troisième alinéa de l’article R. 151-21 du Code de l’urbanisme permet d’apprécier le respect des règles du PLU à l’échelle du lot dans le cadre d’un lotissement. Toutefois, cette application est conditionnée par l’intervention préalable d’un transfert de propriété ou de jouissance d’au moins un lot.

Blog Image

12.06.2026

Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Il est ADMYS que le Conseil d’État, par trois décisions du 16 mars 2026, valide le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme et consacre le rôle central de l’État dans son encadrement. Les recours dirigés contre le décret du 8 avril 2024 sont rejetés, limitant ainsi les marges de contestation des acteurs locaux.

Blog Image

27.01.2026

Zoom sur la création du statut de l'élu local

Il est ADMYS que la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local marque une étape structurante dans la reconnaissance et la sécurisation de l’engagement des élus locaux.

Blog Image

23.02.2026

Rappel à l'ordre sur les menus de substitution

Il est ADMYS que si aucune collectivité n’est tenue de proposer des menus de substitution dans ses cantines scolaires, elle ne peut légalement les supprimer en se fondant sur une lecture erronée du principe de laïcité.

Blog Image

17.10.2025

Secteur public : acquérir des biens immobiliers sans autorisation peut constituer une infraction financière

Il est ADMYS que l’engagement de dépenses sans en avoir l’autorisation peut constituer l’infraction visée à l’article L. 313-3 du Code des juridictions financières. Voici une récente illustration de cette notion concernant les acquisitions immobilières réalisées par une fondation faisant appel à la générosité publique, la Fondation « Assistance aux animaux » (C.Cptes, 8 janvier 2025, Fondation Assistance aux animaux, aff. N°874).

Blog Image

23.06.2026

En cas de résiliation d'un marché public à bons de commandes, le titulaire peut être indemnisé de certaines dépenses même si aucun bon de commande n'a été émis

Il est ADMYS que la résiliation pour motif d’intérêt général d’un marché à bons de commande ne prive pas automatiquement le titulaire de son droit à indemnisation. Le Conseil d’État confirme que des frais et investissements engagés en vue de l’exécution du marché peuvent être indemnisés, même lorsqu’aucun bon de commande n’a été émis avant la résiliation. Cette décision apporte une précision importante sur l’interprétation de l’article 46.4 du CCAG Travaux.

Blog Image

27.01.2026

Le bail rural n’a pas sa place à Chambord

Il n’est pas ADMYS que des terres agricoles situées au sein du domaine national de Chambord puissent être exploitées sur le fondement d’un bail rural, dès lors qu’elles relèvent du domaine public. La domanialité publique globale emporte des conséquences directes sur les modalités d’occupation, imposant le recours à une convention d’occupation temporaire, nécessairement précaire et révocable.

Blog Image

17.06.2026

Plan national des achats durables 2022-2025 : un bilan encourageant avant l’échéance de 2026

Il est ADMYS que la commande publique durable a franchi une étape importante avec le Plan national des achats durables (PNAD) 2022-2025. En structurant l’accompagnement des acheteurs publics, en développant des outils opérationnels et en renforçant les réseaux territoriaux, ce plan a contribué à diffuser les pratiques d’achat durable dans l’ensemble des territoires.

Blog Image

31.03.2026

Rupture jurisprudentielle sur la neutralité des élus locaux

Il est ADMYS qu'une interdiction générale des signes religieux ostensibles en séance d'un conseil municipal puisse être inscrite dans le règlement intérieur du conseil. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon etient une conception sensiblement plus exigeante de la laïcité que celle jusqu’ici admise.

Blog Image

20.02.2026

La fermeture administrative des lieux de culte validée mais encadrée

Il est ADMYS que, dans le cadre de la fermeture administrative temporaire des lieux de culte prévu à l’article 36-3 de la loi du 9 décembre 1905, le préfet peut prendre en compte des éléments extérieurs au lieu de culte, à condition qu’ils présentent un lien suffisant avec celui-ci et que la mesure demeure nécessaire, adaptée et proportionnée.

Blog Image

17.06.2026

Prise illégale d’intérêts : la Cour de cassation confirme la mission de service public des notaires

Il est ADMYS que la qualité de personne chargée d’une mission de service public ne se limite pas aux seuls agents publics. Dans un arrêt du 21 janvier 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation confirme que les notaires, en leur qualité de délégataires de l’autorité publique, accomplissent une mission d’intérêt général et relèvent à ce titre du régime applicable aux personnes chargées d’une mission de service public

Blog Image

12.03.2026

PLU : pas d’exception opposable sans encadrement

Il est ADMYS qu’à défaut d’un encadrement suffisant, les exceptions aux règles générales d’un plan local d’urbanisme (PLU) sont considérées comme illégales. Le cas échéant, seule la règle générale viendra à s’appliquer.

Blog Image

28.05.2026

Validation de la constitutionnalité de la procédure d'expropriation sur état d’abandon manifeste

Il est ADMYS que la procédure d’expropriation des biens déclarés en état d’abandon manifeste, prévue aux articles L. 2243-1 à L. 2243-4 du Code général des collectivités territoriales (CGCT), est entourée de garanties suffisantes pour assurer le respect du droit de propriété. Par une décision du 22 mai 2026, le Conseil constitutionnel confirme ainsi la conformité à la Constitution de cette procédure spécifique d’expropriation mise en œuvre par les collectivités territoriales.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image