Le chantier de l’A69 entre Castres et Toulouse aura bien lieu… mais pas au-delà de son périmètre administratif

Par un jugement du 27 février 2025, ayant fait l’objet d’un précédent commentaire, le Tribunal administratif de Toulouse avait annulé les arrêtés portant autorisation environnementale délivrés le 1er mars 2023 par les préfets de la Haute-Garonne et du Tarn, en vue de la réalisation du projet d’autoroute A69 reliant Toulouse et Castres.

 

Le Tribunal avait alors fondé sa décision sur le fait que les motifs d’ordre social, économique et de sécurité publique attachés à ce projet, invoqués par les préfets, n’étaient pas suffisants pour constituer des RIIPM permettant de déroger au régime de protection des espèces issu des articles L. 441-1 et suivants du Code de l’environnement.

 

La ministre de la Transition écologique ainsi que les sociétés titulaires des autorisations environnementales, soutenues notamment par la région Occitanie et le département du Tarn, ont ensuite sollicité l’annulation de ce jugement auprès de la Cour administrative d'appel de Toulouse.

 

Il doit être précisé que cette même Cour, par des arrêts rendus le 28 mai 2025, avait d’ores et déjà autorisé la reprise du chantier en prononçant un sursis à l’exécution du jugement du Tribunal administratif. Elle avait ainsi reconnu le caractère sérieux de l’argument en faveur de l’existence d’une RIIPM, laissant présager de l’issue de ce contentieux. Le chantier avait ainsi pu reprendre dès le mois de juin 2025.

 

Statuant sur le fond de l’affaire, dans un arrêt du 30 décembre 2025 (n° 25TL00596), la Cour administrative d’appel de Toulouse est venue confirmer la reprise du projet en annulant le jugement du Tribunal administratif, rétablissant ainsi les autorisations environnementales.

 

Elle relève pour cela que le projet en litige consiste à créer un nouvel axe routier et à élargir un axe existant entre Castres et de Toulouse, afin de réduire le temps de trajet et d’améliorer la desserte du bassin d’emploi de Castres-Mazamet, de renforcer sa liaison avec la métropole toulousaine, d’en conforter le développement et de faciliter l’accès aux grands équipements régionaux. L’opération permet également d’améliorer le cadre de vie des habitants et apporte un gain de sécurité routière.

 

En considération de ces éléments, la Cour estime que le projet doit être regardé comme un projet structurant de long terme permettant de répondre au besoin de desserte d’un bassin de vie et d’emploi d’importance, et rappelle qu’il a été déclaré d’utilité publique. Il doit dès lors être regardé comme répondant à une RIIPM.

 

Toutefois, par une récente ordonnance du 12 janvier 2026, rendue dans le cadre de la procédure dite du référé pénal environnemental (article L. 216-13 du Code de l’environnement), le juge des libertés et de la détention du Tribunal judiciaire de Toulouse a ordonné la suspension immédiate des travaux en cours sur 46 parcelles situées en dehors de l’emprise autorisée du projet, jusqu’à régularisation administrative de ces travaux.

 

Conclusion

Cet arrêt confirme que la réalisation d’un vaste projet d’aménagement routier peut être regardée comme répondant à des RIIPM permettant la délivrance de « dérogations espèces protégées ». En rejetant l’existence de ces RIIPM, les juges du Tribunal administratif de Toulouse s’étaient écartés de la jurisprudence majoritaire en la matière, mais le juge d'appel n’a pas permis à cette position de prospérer.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

17.06.2026

Prise illégale d’intérêts : la Cour de cassation confirme la mission de service public des notaires

Il est ADMYS que la qualité de personne chargée d’une mission de service public ne se limite pas aux seuls agents publics. Dans un arrêt du 21 janvier 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation confirme que les notaires, en leur qualité de délégataires de l’autorité publique, accomplissent une mission d’intérêt général et relèvent à ce titre du régime applicable aux personnes chargées d’une mission de service public

Blog Image

23.06.2026

En cas de résiliation d'un marché public à bons de commandes, le titulaire peut être indemnisé de certaines dépenses même si aucun bon de commande n'a été émis

Il est ADMYS que la résiliation pour motif d’intérêt général d’un marché à bons de commande ne prive pas automatiquement le titulaire de son droit à indemnisation. Le Conseil d’État confirme que des frais et investissements engagés en vue de l’exécution du marché peuvent être indemnisés, même lorsqu’aucun bon de commande n’a été émis avant la résiliation. Cette décision apporte une précision importante sur l’interprétation de l’article 46.4 du CCAG Travaux.

Blog Image

17.11.2025

Préemption : interprétation stricte de l’erreur substantielle quant à la consistance du bien mentionnée dans la DIA

Il est ADMYS qu’une première déclaration d’intention d’aliéner (DIA) mentionnant un bien bâti destiné à la démolition n’est pas entachée d’une erreur substantielle relative à sa consistance, pouvant motiver l’irrecevabilité de cette déclaration par l’autorité préemptrice, de sorte que la réception d’une seconde DIA ne fait pas courir le délai de deux mois pour exercer le droit de préemption.

Blog Image

20.07.2026

Du lancer de nains au gang bang, la dignité humaine comme composante réaffirmée de l'ordre public

Il est ADMYS que le droit administratif réserve parfois des décisions inattendues. Par un arrêt du 15 juillet 2026 (n° 513080), le Conseil d'État confirme qu'un préfet peut légalement ordonner la fermeture administrative d'un établissement organisant des événements de type « gang bang » lorsque les conditions concrètes de leur organisation portent atteinte à la dignité de la personne humaine et exposent les participantes à un risque de commission d'infractions pénales.

Blog Image

05.01.2026

Le maire doit contrôler l’atteinte portée par un projet de construction aux alignements d’arbres protégés en bordure d’une voie ouverte à la circulation publique

Il est ADMYS que lorsqu’un permis de construire concerne un projet entraînant l’abattage ou l’atteinte d’arbres protégés au sens de l’ancien article L. 350-3 du Code de l’environnement, le permis de construire vaut dérogation au sens de cet article et, à ce titre, doit respecter les conditions qui y sont posées.

Blog Image

12.06.2026

Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Il est ADMYS que le Conseil d’État, par trois décisions du 16 mars 2026, valide le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme et consacre le rôle central de l’État dans son encadrement. Les recours dirigés contre le décret du 8 avril 2024 sont rejetés, limitant ainsi les marges de contestation des acteurs locaux.

Blog Image

21.04.2026

Plainte abusive d’une collectivité : le juge judiciaire reprend la main

Il est ADMYS que les conclusions indemnitaires dirigées contre une personne publique en raison du caractère prétendument abusif d’une plainte relèvent de la compétence du juge judiciaire. Cette solution s’inscrit dans une jurisprudence constante fondée sur l’indissociabilité entre l’acte de signalement et la procédure pénale.

Blog Image

22.06.2026

Loi de simplification de la vie économique : encore des dérogations en matière d'urbanisme et d'environnement...

Il est ADMYS que la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 poursuit un objectif assumé d’accélération des projets publics et privés. Sans remettre en cause fondamentalement le rôle structurant des documents de planification, le législateur continue de multiplier les mécanismes dérogatoires destinés à faciliter la réalisation des projets jugés stratégiques, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie et de l’aménagement commercial.

Blog Image

17.10.2025

Concours restreint : l’exception qui échappe au délai de standstill et ferme la voie du référé contractuel aux concurrents évincés

Il est désormais ADMYS que le moyen en vertu duquel l’acheteur ne respecte pas le délai de standstill auquel il s’est volontairement soumis dans le cadre d’une procédure de concours restreint, qui n’est pas une procédure formalisée au sens de l’article L.2124-1 du Code de la commande publique, n’est pas recevable au titre du référé contractuel.

Blog Image

31.03.2026

Pas de lotissement opposable sans transfert de propriété ou de jouissance des lots

Il est ADMYS que le troisième alinéa de l’article R. 151-21 du Code de l’urbanisme permet d’apprécier le respect des règles du PLU à l’échelle du lot dans le cadre d’un lotissement. Toutefois, cette application est conditionnée par l’intervention préalable d’un transfert de propriété ou de jouissance d’au moins un lot.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image