La fermeture administrative des lieux de culte validée mais encadrée

Par sa décision n° 2025-1180 QPC du 6 février 2026, le Conseil constitutionnel était saisi de la conformité à la Constitution du premier alinéa du paragraphe I de l’article 36-3 de la loi du 9 décembre 1905, dans sa rédaction issue de la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République.

Ce texte autorise le représentant de l’État dans le département – ou, à Paris, le préfet de police – à prononcer la fermeture temporaire d’un lieu de culte lorsque les propos tenus, les idées ou théories diffusées ou les activités qui s’y déroulent provoquent à la haine ou à la violence ou tendent à les justifier ou les encourager.

La fermeture doit être motivée, être précédée d'une procédure contradictoire, être proportionnée dans sa durée, sans pouvoir excéder deux mois, tenir compte des conséquences pour les fidèles, notamment de la possibilité de pratiquer le culte ailleurs et pouvoir faire l’objet d’un référé-liberté sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative

L’association requérante soutenait que, telle qu’interprétée par le juge administratif, cette disposition permettrait de fonder une fermeture sur des éléments extérieurs au lieu de culte ou sur des propos tenus par des personnes autres que ses responsables, ce qui porterait une atteinte disproportionnée à la liberté de conscience, au libre exercice des cultes et à la liberté d’association.

Le Conseil constitutionnel rappelle un principe important en matière de QPC : il peut être saisi de la constitutionnalité de la portée effective qu’une interprétation jurisprudentielle constante confère à une disposition législative.

Or, en l’espèce, il constate qu’aucune interprétation jurisprudentielle constante ne précisait encore les critères permettant de caractériser le rattachement au lieu de culte des propos ou activités justifiant une fermeture. Le Conseil d’État ne s’était pas prononcé explicitement sur ce point.

En l’absence d’une telle interprétation stabilisée, le Conseil constitutionnel précise lui-même la portée du texte, dans la stricte mesure nécessaire à l’examen de sa constitutionnalité.

En tout état de cause, le Conseil juge que les exigences constitutionnelles ne font pas obstacle à ce que le préfet puisse prendre en compte des propos tenus en dehors du lieu de culte, ou des idées ou théories diffusées par d’autres personnes que celles qui y officient ou en assurent la gestion, dès lors que ces éléments présentent un lien suffisant avec le lieu de culte.

Cette précision est essentielle.

Le Conseil n’élargit pas le champ de la police des cultes de manière illimitée. Il admet une approche contextualisée, mais exige un rattachement objectif et démontrable au lieu concerné.

Autrement dit, la fermeture ne peut reposer sur des éléments purement extérieurs ou indirects. L’autorité administrative devra établir que les propos ou activités litigieux s’inscrivent effectivement dans la dynamique du lieu de culte ou lui sont suffisamment imputables.

Ce contrôle s’exercera sous l’autorité du juge administratif, notamment dans le cadre du référé-liberté, procédure particulièrement protectrice en matière de libertés fondamentales.

Conclusion

Le Conseil constitutionnel valide la fermeture administrative des lieux de culte en cas de provocation à la haine ou à la violence, tout en exigeant un lien suffisant entre les faits reprochés et le lieu concerné et en rappelant l’exigence de proportionnalité.

Pour les autorités préfectorales comme pour les gestionnaires d’équipements cultuels, cette décision confirme que la police des cultes demeure un outil puissant mais strictement encadré, placé sous le contrôle vigilant du juge administratif.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

06.11.2025

Le bail rural des personnes publiques à l’épreuve du temps

Il est ADMYS que les personnes publiques doivent respecter le droit de priorité des « jeunes agriculteurs » lors de l’attribution des baux ruraux. La Cour administrative d’appel de Nancy dans deux décisions du 16 septembre 2025 vient de clarifier au moins partiellement le droit de priorité prévu par l’article L. 411-15 du Code rural et de la pêche maritime.

Blog Image

28.05.2026

Une ouverture à l'urbanisation d'un secteur n'est pas illégale du seul fait de la présence d'une canalisation de transport de gaz naturel

Il est ADMYS que la seule présence d’une canalisation de transport de gaz grevée de servitudes d’utilité publique ne fait pas obstacle, par principe, à l’ouverture à l’urbanisation d’un secteur par un PLU. Le Conseil d’État rappelle ainsi que le juge administratif ne peut exercer qu'un contrôle restreint sur les choix d’aménagement retenus par la collectivité.

Blog Image

09.07.2026

Le déclassement ne fait pas la désaffectation

Il est ADMYS que le déclassement d'un bien du domaine public ne peut intervenir qu'après sa désaffectation effective. Par une décision du 6 juillet 2026 (n° 502005), le Conseil d'État rappelle avec force que le déclassement ne saurait, à lui seul, produire la désaffectation du bien. Cette décision sécurise les opérations de valorisation du domaine public en réaffirmant les conditions légales qui entourent les procédures de déclassement.

Blog Image

30.04.2026

Avis de l’ABF et permis unique : clarification du régime par le Conseil d’État

Il est ADMYS que, dans le cadre d’un permis de construire valant permis de démolir, les opérations de construction et de démolition sont dissociables. Dans ce cadre, l’avis défavorable de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) portant sur les opérations de démolition ne lie l’administration qu’à cet égard, sans faire obstacle à l’instruction du volet construction du projet.

Blog Image

22.06.2026

Loi de simplification de la vie économique : encore des dérogations en matière d'urbanisme et d'environnement...

Il est ADMYS que la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 poursuit un objectif assumé d’accélération des projets publics et privés. Sans remettre en cause fondamentalement le rôle structurant des documents de planification, le législateur continue de multiplier les mécanismes dérogatoires destinés à faciliter la réalisation des projets jugés stratégiques, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie et de l’aménagement commercial.

Blog Image

12.06.2026

Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Il est ADMYS que le Conseil d’État, par trois décisions du 16 mars 2026, valide le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme et consacre le rôle central de l’État dans son encadrement. Les recours dirigés contre le décret du 8 avril 2024 sont rejetés, limitant ainsi les marges de contestation des acteurs locaux.

Blog Image

17.10.2025

Eaux pluviales, mur de soutènement et compétence transférée : la chaîne de responsabilité en question

Il est ADMYS que le transfert de la compétence gestion des eaux pluviales (GEPU) implique la substitution du nouveau gestionnaire dans la responsabilité liée au réseau d’évacuation, y compris pour des faits antérieurs au transfert. La Cour administrative d’appel de Marseille (13 mai 2025, n°23MA01504) rappelle en outre que la circonstance qu’un mur soit implanté sur un terrain privé n’empêche pas sa qualification d’ouvrage public.

Blog Image

27.01.2026

Zoom sur la création du statut de l'élu local

Il est ADMYS que la loi n° 2025-1249 du 22 décembre 2025 portant création d'un statut de l'élu local marque une étape structurante dans la reconnaissance et la sécurisation de l’engagement des élus locaux.

Blog Image

27.02.2026

Compétence administrative sur le contrat de cession d’un bien du domaine public au profit d’un autre domaine public

Il est ADMYS qu’« un contrat conclu entre deux personnes publiques revêt en principe un caractère administratif, sauf dans les cas où, eu égard à son objet, il ne fait naître entre les parties que des rapports de droit privé » (TC, 21 mars 1983, UAP, n°02256). Par sa décision du 16 février 2026, le Tribunal des conflits offre une application très concrète de ce principe.

Blog Image

21.04.2026

Plainte abusive d’une collectivité : le juge judiciaire reprend la main

Il est ADMYS que les conclusions indemnitaires dirigées contre une personne publique en raison du caractère prétendument abusif d’une plainte relèvent de la compétence du juge judiciaire. Cette solution s’inscrit dans une jurisprudence constante fondée sur l’indissociabilité entre l’acte de signalement et la procédure pénale.

Blog Image

05.02.2026

Durée des accords-cadres : le pragmatisme imposé par la vie des contrats

Il est ADMYS que la fixation par le Code de la commande publique (« CCP ») d’une durée maximale pour les accords-cadres s’oppose, par principe, à ce qu’une une telle durée soit prolongée. Toutefois, confronté aux exigences concrètes de l’exécution des contrats publics, le juge administratif continue d’affiner les contours d’une telle règle, oscillant entre rigueur juridique et pragmatisme.

Blog Image

29.07.2026

L'avocat prête-nom ? Le Conseil d'État dit non.

Il est ADMYS que les marchés portant sur des services juridiques de représentation en justice peuvent bénéficier de l'exception prévue par le Code de la commande publique, les dispensant des obligations de publicité et de mise en concurrence. Encore faut-il que leur objet principal soit effectivement la représentation légale assurée par un avocat.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image