Légalité d’un refus de permis au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme, même en cas d’OAP prévoyant des VRD

Par un avis en date du 28 janvier 2026 (CE, avis, 28 janvier 2026, n° 507661), le Conseil d’État est venu préciser les justifications apportées concernant un refus de délivrance d’une autorisation d’urbanisme prononcé sur le fondement de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme.

 

Pour rappel, les dispositions de cet article poursuivent un but d’intérêt général permettant à une collectivité de ne pas être contrainte de réaliser des travaux d’extension ou de renforcement des réseaux publics par le seul effet d’une initiative privée. Ainsi un permis de construire ou d’aménager peut être refusé lorsque :

 

-      d’une part, des travaux d’extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte ;

 

-      d’autre part, l’autorité compétente ne se trouve pas en mesure d’indiquer dans quel délai ni par quelle collectivité publique ces travaux doivent être exécutés.

 

Dans cette affaire, le Tribunal administratif de Grenoble avait décidé de soumettre une demande d’avis au Conseil d’État, avant de statuer sur la demande d’annulation pour excès de pouvoir d’un arrêté rendu le 27 avril 2023 par le maire d’Izeaux refusant la délivrance d’un permis d’aménager qui portait sur la réalisation d’un lotissement de trente-huit lots.

 

Devait ainsi être tranchée la question de savoir si la définition d’une OAP sous la forme d’un schéma d’aménagement, précisant les principales caractéristiques des voies et des espaces publics, manifeste l’intention de la commune de réaliser des travaux d’extension ou de renforcement au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme.

 

Le Conseil d’État a répondu par la négative, en considérant que la détermination par une commune d’une OAP à elle seule, même lorsqu’elle comporte un schéma d’aménagement précisant les principales caractéristiques des voies et des espaces publics, ne permet pas d’apprécier l’accomplissement des conditions de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme, dans la mesure où une telle OAP se borne « à déterminer des objectifs d'aménagement avec lesquels les autorisations d'urbanisme doivent être compatibles ».

 

Cela y compris lorsqu’elle comporte un schéma d’aménagement, quel que soit son « degré de précision » eu égard à son objet, et « alors même que ce projet contribuerait à la réalisation des objectifs de ces orientations ».

Conclusion

La définition d’une OAP ne manifeste pas à elle seule l’intention de la commune de réaliser des travaux d’extension ou de renforcement des réseaux publics au sens des dispositions de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme. Elle ne permet donc pas de motiver, en tant que telle, l’illégalité d’un refus de délivrance d’une autorisation d’urbanisme, en l’occurrence d’un permis d’aménager.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

06.07.2026

Nullité absolue du bail commercial sur le domaine public

Il est ADMYS que… les parties ne peuvent pas soumettre un contrat portant sur une dépendance du domaine public au statut des baux commerciaux. Par un arrêt publié au Bulletin du 21 mai 2026, la Cour de cassation rappelle que ce contrat est frappé de nullité absolue en raison de l'illicéité de son objet, tout en précisant le régime applicable à la prescription de l'action en nullité et aux restitutions consécutives à l'annulation.

Blog Image

08.01.2026

Peut-on partager une galette des rois dans un service public ?

Il est ADMYS que partager la galette des rois au sein d’un service public est possible. La question de l’organisation d’un moment convivial autour de la galette des rois suscite parfois des interrogations sur sa compatibilité avec le principe de laïcité et de neutralité religieuse. Elle s’inscrit dans le débat plus vaste qui touche à la place des traditions d’origine religieuse dans les espaces gérés par des personnes publiques.

Blog Image

17.10.2025

Le projet de l'A69 ne fait pas le poids face à la protection des espèces

Il est ADMYS que la possibilité de déroger aux règles de protection des espèces et de leurs habitats en vue de la réalisation d’un projet d’aménagement suppose que celui-ci réponde à une raison impérative d’intérêt public majeur (TA Toulouse, 27 février 2025, France Nature Environnement Midi-Pyrénées et autres, n° 2303830).

Blog Image

16.07.2026

Quand une exigence injustifiée peut faire tomber à l’eau toute une procédure de passation…

Il est ADMYS que la liberté dont dispose l’autorité concédante pour définir son besoin ne lui permet pas d’imposer aux candidats des obligations qui ne seraient pas objectivement nécessaires à la bonne exécution du contrat. Par une décision du 16 juin 2026 (req. n°513564), le Conseil d’État précise également que le juge du référé précontractuel exerce un contrôle sur ce point lorsqu’une telle exigence est susceptible de favoriser un candidat.

Blog Image

17.10.2025

Secteur public : acquérir des biens immobiliers sans autorisation peut constituer une infraction financière

Il est ADMYS que l’engagement de dépenses sans en avoir l’autorisation peut constituer l’infraction visée à l’article L. 313-3 du Code des juridictions financières. Voici une récente illustration de cette notion concernant les acquisitions immobilières réalisées par une fondation faisant appel à la générosité publique, la Fondation « Assistance aux animaux » (C.Cptes, 8 janvier 2025, Fondation Assistance aux animaux, aff. N°874).

Blog Image

30.06.2026

La régularisation d'une autorisation d'urbanisme est possible, même après l'achèvement des travaux

Il est ADMYS que le caractère achevé des travaux ne fait pas obstacle à la délivrance d'un permis de construire modificatif lorsque celui-ci est sollicité, en cours d'instance, afin de régulariser un permis faisant l'objet d'un recours contentieux. Le Conseil d'État précise également que la cristallisation des moyens prévue à l'article R. 600-5 du Code de l'urbanisme ne s'applique pas devant le juge de cassation.

Blog Image

22.06.2026

Bail commercial sur le domaine privé communal

Il est ADMYS que la qualification d’un contrat conclu par une collectivité ne dépend ni de son intitulé ni de la seule qualité publique du bailleur. Par un jugement du 12 mai 2026 (TJ Montpellier, pole civil sect. 2, 12 mai 2026, n° 24/05454) le Tribunal judiciaire de Montpellier rappelle qu’un local commercial appartenant à une commune peut parfaitement relever du statut des baux commerciaux lorsque le bien n’appartient pas au domaine public et que le contrat ne comporte pas de clauses exorbitantes du droit commun.

Blog Image

12.03.2026

PLU : pas d’exception opposable sans encadrement

Il est ADMYS qu’à défaut d’un encadrement suffisant, les exceptions aux règles générales d’un plan local d’urbanisme (PLU) sont considérées comme illégales. Le cas échéant, seule la règle générale viendra à s’appliquer.

Blog Image

28.05.2026

Une ouverture à l'urbanisation d'un secteur n'est pas illégale du seul fait de la présence d'une canalisation de transport de gaz naturel

Il est ADMYS que la seule présence d’une canalisation de transport de gaz grevée de servitudes d’utilité publique ne fait pas obstacle, par principe, à l’ouverture à l’urbanisation d’un secteur par un PLU. Le Conseil d’État rappelle ainsi que le juge administratif ne peut exercer qu'un contrôle restreint sur les choix d’aménagement retenus par la collectivité.

Blog Image

20.02.2026

La fermeture administrative des lieux de culte validée mais encadrée

Il est ADMYS que, dans le cadre de la fermeture administrative temporaire des lieux de culte prévu à l’article 36-3 de la loi du 9 décembre 1905, le préfet peut prendre en compte des éléments extérieurs au lieu de culte, à condition qu’ils présentent un lien suffisant avec celui-ci et que la mesure demeure nécessaire, adaptée et proportionnée.

Blog Image

17.06.2026

Prise illégale d’intérêts : la Cour de cassation confirme la mission de service public des notaires

Il est ADMYS que la qualité de personne chargée d’une mission de service public ne se limite pas aux seuls agents publics. Dans un arrêt du 21 janvier 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation confirme que les notaires, en leur qualité de délégataires de l’autorité publique, accomplissent une mission d’intérêt général et relèvent à ce titre du régime applicable aux personnes chargées d’une mission de service public

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image