La contestation d'un DGD doit respecter le délai du CCAG/CCAP sans possibilité de rattrapage!

Le décompte général constitue l’acte de liquidation financière d’un marché public de travaux.

Il retrace l’ensemble des droits et obligations pécuniaires des parties : montant contractuel, avenants, travaux supplémentaires, pénalités, acomptes et solde. Sa notification marque une étape déterminante dans l’exécution du contrat.

Le régime applicable est défini par le CCAG-Travaux, dans sa version contractuellement retenue, dès lors que le marché y fait référence et n’y a pas dérogé.

Après notification du décompte général par le maître d’ouvrage, le titulaire dispose d’un délai de 30 jours (non francs) pour notifier un mémoire en réclamation au maître d’ouvrage et à son éventuel maître d’œuvre. À défaut, le décompte acquiert un caractère définitif.

Ce mécanisme répond à un objectif de sécurité juridique. Il vise à cristalliser les relations financières entre les parties et à éviter une remise en cause indéfinie du solde du marché.

Dans l’affaire jugée par la CAA de Douai, le titulaire estimait que certaines sommes restaient dues au titre de l’exécution du marché. Il contestait notamment le montant arrêté par le pouvoir adjudicateur à l’issue des travaux. Toutefois, le débat ne portait pas principalement sur le bien-fondé technique des prétentions financières, mais davantage sur le respect de la procédure contractuelle de contestation.

La Cour rappelle un principe constant : à défaut de contestation régulière dans les formes et délais prévus par le CCAG-Travaux, le décompte devient définitif et fait obstacle à toute réclamation ultérieure relative aux éléments qu’il contient ou aurait dû contenir.

En l’espèce, les échanges intervenus entre les parties ne constituaient pas, selon le juge, un mémoire en réclamation conforme aux exigences attendues. La Cour souligne que la contestation doit être explicite, motivée et, le cas échéant, chiffrée. Des correspondances imprécises ou informelles ne suffisent pas à interrompre le mécanisme de cristallisation.

Cette solution s’inscrit dans la continuité de la jurisprudence du Conseil d’État, qui reconnaît au décompte général et définitif un effet extinctif des droits non réservés (CE, 06 novembre 2013, Région Haute-Normandie, req. n° 361837). Une fois le délai expiré sans contestation régulière, le titulaire ne peut plus saisir utilement le juge pour réclamer des sommes supplémentaires relatives à l’exécution du marché.

La décision rappelle également que la rigueur procédurale est bilatérale. D’un côté, encore faut-il que le décompte ait été régulièrement notifié par le maître d’ouvrage. La date de réception et la traçabilité de cette notification sont déterminantes pour le déclenchement du délai de contestation.

De l’autre côté, en cas de contestation, le titulaire doit transmettre son mémoire en réclamation dans le délai précité, à l’acheteur et à son MOE. La date de réception auprès de ces derniers faisant foi, le titulaire doit être précautionneux en anticipant particulièrement le délai postal.

L’espèce démontrant, s’il le fallait encore, qu’un envoi la veille d’une échéance ne permet pas de respecter cette vigilance, et donc ne préserver plus les intérêts du titulaire.

L’arrêt de la CAA de Douai confirme ainsi que, dans les marchés de travaux, la phase de clôture financière constitue un moment à forte intensité juridique. Le débat sur le fond des créances est subordonné au respect préalable des stipulations contractuelles.

Conclusion

En conclusion, la décision illustre une règle opérationnelle majeure : en matière de travaux, le respect du formalisme contractuel conditionne la survie des droits financiers.

Le décompte général agit comme un verrou juridique.

Sa contestation doit être expresse, motivée et notifiée dans les délais prévus par le CCAG-Travaux ou tout autre stipulation contractuelle y dérogeant.

À défaut, le solde devient intangible et les prétentions ultérieures sont irrecevables.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

27.01.2026

Le bail rural n’a pas sa place à Chambord

Il n’est pas ADMYS que des terres agricoles situées au sein du domaine national de Chambord puissent être exploitées sur le fondement d’un bail rural, dès lors qu’elles relèvent du domaine public. La domanialité publique globale emporte des conséquences directes sur les modalités d’occupation, imposant le recours à une convention d’occupation temporaire, nécessairement précaire et révocable.

Blog Image

17.10.2025

Secteur public : acquérir des biens immobiliers sans autorisation peut constituer une infraction financière

Il est ADMYS que l’engagement de dépenses sans en avoir l’autorisation peut constituer l’infraction visée à l’article L. 313-3 du Code des juridictions financières. Voici une récente illustration de cette notion concernant les acquisitions immobilières réalisées par une fondation faisant appel à la générosité publique, la Fondation « Assistance aux animaux » (C.Cptes, 8 janvier 2025, Fondation Assistance aux animaux, aff. N°874).

Blog Image

22.06.2026

Bail commercial sur le domaine privé communal

Il est ADMYS que la qualification d’un contrat conclu par une collectivité ne dépend ni de son intitulé ni de la seule qualité publique du bailleur. Par un jugement du 12 mai 2026 (TJ Montpellier, pole civil sect. 2, 12 mai 2026, n° 24/05454) le Tribunal judiciaire de Montpellier rappelle qu’un local commercial appartenant à une commune peut parfaitement relever du statut des baux commerciaux lorsque le bien n’appartient pas au domaine public et que le contrat ne comporte pas de clauses exorbitantes du droit commun.

Blog Image

31.03.2026

Légalité d’un refus de permis au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme, même en cas d’OAP prévoyant des VRD

Il est ADMYS que la seule définition, par une commune, d’une orientation d’aménagement et de programmation (OAP), y compris lorsqu’elle comporte un schéma d’aménagement précisant les caractéristiques des voies et espaces publics, ne suffit pas à manifester l’intention de la collectivité de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics pouvant justifier un refus de délivrance d’une autorisation d’urbanisme, au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme.

Blog Image

22.06.2026

Loi de simplification de la vie économique : encore des dérogations en matière d'urbanisme et d'environnement...

Il est ADMYS que la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 poursuit un objectif assumé d’accélération des projets publics et privés. Sans remettre en cause fondamentalement le rôle structurant des documents de planification, le législateur continue de multiplier les mécanismes dérogatoires destinés à faciliter la réalisation des projets jugés stratégiques, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie et de l’aménagement commercial.

Blog Image

17.06.2026

Plan national des achats durables 2022-2025 : un bilan encourageant avant l’échéance de 2026

Il est ADMYS que la commande publique durable a franchi une étape importante avec le Plan national des achats durables (PNAD) 2022-2025. En structurant l’accompagnement des acheteurs publics, en développant des outils opérationnels et en renforçant les réseaux territoriaux, ce plan a contribué à diffuser les pratiques d’achat durable dans l’ensemble des territoires.

Blog Image

23.02.2026

Rappel à l'ordre sur les menus de substitution

Il est ADMYS que si aucune collectivité n’est tenue de proposer des menus de substitution dans ses cantines scolaires, elle ne peut légalement les supprimer en se fondant sur une lecture erronée du principe de laïcité.

Blog Image

12.03.2026

Interprétation stricte de la formalité de notification des recours contre les autorisations d’urbanisme

Il est ADMYS que le requérant ne peut être exonéré de l’obligation de notification en cas d’appel dirigé contre un jugement statuant sur une décision procédant au retrait d’un permis de construire. Et ce, même en cas d’absence d’affichage sur le terrain des mentions rappelant l’obligation de notification, de disparition juridique du bénéficiaire ou encore en cas de difficultés liées à l’adresse de ce dernier.

Blog Image

31.03.2026

Rupture jurisprudentielle sur la neutralité des élus locaux

Il est ADMYS qu'une interdiction générale des signes religieux ostensibles en séance d'un conseil municipal puisse être inscrite dans le règlement intérieur du conseil. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon etient une conception sensiblement plus exigeante de la laïcité que celle jusqu’ici admise.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image