Marchés spécifiques et SAD : le Conseil d’État précise les règles du jeu

Le système d’acquisition dynamique (ci-après « SAD ») est une des techniques d’achat prévue par le Code de la commande publique (ci-après « CCP ») à l’article L. 2125-1. Entièrement dématérialisé, il permet à l’acheteur d’admettre des opérateurs pendant toute la durée du dispositif, puis de conclure, au fur et à mesure de ses besoins, des marchés spécifiques après remise en concurrence des seuls opérateurs admis dans la catégorie concernée (art. R. 2162-37 à R. 2162-51 du CCP). Les articles R. 2162-49 et R. 2162-50 imposent d’ailleurs, pour chaque marché spécifique, une consultation de tous les candidats admis dans le système ou dans la catégorie pertinente.

La présente décision du Conseil d’État du 12 mars 2026, n° 508933 a pour intérêt de préciser à la fois le régime contentieux applicable au SAD et les conditions d’admission des opérateurs économiques. Il ressort de la décision que le litige portait sur le rejet par le GIP Samusocial de Paris d’une demande d’admission fondé non sur les critères du règlement de la consultation, mais sur l’absence d’accord du préfet.

Tout d’abord, concernant l’office du juge du référé précontractuel, le Conseil d’État admet que la circonstance que certains marchés spécifiques aient déjà été conclus à la date de saisine du juge n’interdit pas, pour autant, le contrôle des manquements susceptibles d’affecter la passation des marchés spécifiques à venir. Autrement dit, la signature de premiers contrats n’épuise pas, à elle seule, le contentieux du SAD lorsque le processus d’achat continue de produire des effets pour l’avenir. Ainsi, le référé précontractuel demeure une voie de recours contentieux ouverte tant que les manquements invoqués sont susceptibles d’affecter les procédures futures engagées dans le cadre du système.

Ensuite, de manière plus substantielle encore, le Conseil d’Etat rappelle, au point 8, que l’acheteur ne peut apprécier les candidatures qu’au regard des critères qu’il a lui-même fixés dans les documents de la consultation. Il en résulte qu’il n’est pas possible de subordonner l’admission d’un opérateur à une exigence extérieure, non prévue par le règlement, telle qu’un accord préalable d’une autorité administrative. Une telle pratique modifie les règles de sélection des candidatures sans information préalable des opérateurs et méconnaît, pour cette raison, les obligations de publicité et de mise en concurrence.

En l’occurrence, le rejet de la demande d’agrément n’était pas fondé sur l’appréciation des critères annoncés par l’acheteur, mais uniquement sur le refus d’accord du préfet. C’est précisément ce décalage entre les règles affichées et le motif réel du rejet que sanctionne le Conseil d’État. L’irrégularité ne tient donc pas seulement à l’intervention d’une autorité tierce, mais au fait que cette intervention est devenue, en pratique, une condition d’admission non prévue, privant les opérateurs d’une vision claire et loyale des règles du jeu.

‍

Conclusion

Cette décision invite les acheteurs à une double vigilance. D’une part, en matière de SAD, les irrégularités qui affectent les futurs marchés spécifiques peuvent toujours être contestées en référé précontractuel, même si certains marchés ont déjà été conclus. D’autre part, l’admission des opérateurs doit être examinée au regard des seuls critères annoncés : aucune condition extérieure ou implicite ne peut être ajoutée à l'occasion d'un marché spécifique sans risque contentieux.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

26.08.2026

Décret du 27 juillet 2026 : la "simplification" du droit de l'urbanisme continue

Il est ADMYS que le décret n° 2026-674 du 27 juillet 2026 simplifie plusieurs procédures en matière d’urbanisme. Sans bouleverser les règles de fond, il allège certaines formalités, précise les modalités d’instruction de certaines demandes d’autorisation d’urbanisme et clarifie les règles de publicité applicables aux documents d’urbanisme.

Blog Image

12.06.2026

Agrivoltaïsme : le Conseil d’État valide le cadre réglementaire

Il est ADMYS que le Conseil d’État, par trois décisions du 16 mars 2026, valide le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme et consacre le rôle central de l’État dans son encadrement. Les recours dirigés contre le décret du 8 avril 2024 sont rejetés, limitant ainsi les marges de contestation des acteurs locaux.

Blog Image

06.07.2026

Nullité absolue du bail commercial sur le domaine public

Il est ADMYS que… les parties ne peuvent pas soumettre un contrat portant sur une dépendance du domaine public au statut des baux commerciaux. Par un arrêt publié au Bulletin du 21 mai 2026, la Cour de cassation rappelle que ce contrat est frappé de nullité absolue en raison de l'illicéité de son objet, tout en précisant le régime applicable à la prescription de l'action en nullité et aux restitutions consécutives à l'annulation.

Blog Image

17.06.2026

Plan national des achats durables 2022-2025 : un bilan encourageant avant l’échéance de 2026

Il est ADMYS que la commande publique durable a franchi une étape importante avec le Plan national des achats durables (PNAD) 2022-2025. En structurant l’accompagnement des acheteurs publics, en développant des outils opérationnels et en renforçant les réseaux territoriaux, ce plan a contribué à diffuser les pratiques d’achat durable dans l’ensemble des territoires.

Blog Image

17.10.2025

Sans service fait, mais avec règlement s’il-vous-plaît !

Il est ADMYS qu’une suspension d’une partie des prestations contractuelles par le pouvoir adjudicateur en cours d’exécution n’autorise pas ce dernier à écarter la demande de règlement de ladite partie sur le fondement d’une absence d’exécution.

Blog Image

20.02.2026

La fermeture administrative des lieux de culte validée mais encadrée

Il est ADMYS que, dans le cadre de la fermeture administrative temporaire des lieux de culte prévu à l’article 36-3 de la loi du 9 décembre 1905, le préfet peut prendre en compte des éléments extérieurs au lieu de culte, à condition qu’ils présentent un lien suffisant avec celui-ci et que la mesure demeure nécessaire, adaptée et proportionnée.

Blog Image

23.02.2026

Rappel à l'ordre sur les menus de substitution

Il est ADMYS que si aucune collectivité n’est tenue de proposer des menus de substitution dans ses cantines scolaires, elle ne peut légalement les supprimer en se fondant sur une lecture erronée du principe de laïcité.

Blog Image

17.06.2026

Prise illégale d’intérêts : la Cour de cassation confirme la mission de service public des notaires

Il est ADMYS que la qualité de personne chargée d’une mission de service public ne se limite pas aux seuls agents publics. Dans un arrêt du 21 janvier 2026, la chambre criminelle de la Cour de cassation confirme que les notaires, en leur qualité de délégataires de l’autorité publique, accomplissent une mission d’intérêt général et relèvent à ce titre du régime applicable aux personnes chargées d’une mission de service public

Blog Image

31.03.2026

Pas de lotissement opposable sans transfert de propriété ou de jouissance des lots

Il est ADMYS que le troisième alinéa de l’article R. 151-21 du Code de l’urbanisme permet d’apprécier le respect des règles du PLU à l’échelle du lot dans le cadre d’un lotissement. Toutefois, cette application est conditionnée par l’intervention préalable d’un transfert de propriété ou de jouissance d’au moins un lot.

Blog Image

21.04.2026

Conflit d’intérêts en AMO : un vice ab initio qui contamine toute la procédure

Il est ADMYS que la cessation d’une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage, même postérieure à l’annulation d’une procédure de passation, ne permet pas, à elle seule, de sécuriser la reprise de cette procédure lorsqu’un conflit d’intérêts existait dès l’origine, en particulier en raison de l’accès à des informations confidentielles.

Blog Image

02.10.2026

Marchés publics : les mauvaises expériences passées ne suffisent pas à écarter un candidat

Il est ADMYS que les difficultés rencontrées avec une entreprise lors de précédents marchés ne suffisent pas, à elles seules, à caractériser une insuffisance de ses capacités techniques et professionnelles. Si l’acheteur entend exclure un candidat en raison de manquements contractuels antérieurs, il doit respecter la procédure spécifique et contradictoire prévue par le Code de la commande publique.

Blog Image

22.06.2026

Loi de simplification de la vie économique : encore des dérogations en matière d'urbanisme et d'environnement...

Il est ADMYS que la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 poursuit un objectif assumé d’accélération des projets publics et privés. Sans remettre en cause fondamentalement le rôle structurant des documents de planification, le législateur continue de multiplier les mécanismes dérogatoires destinés à faciliter la réalisation des projets jugés stratégiques, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie et de l’aménagement commercial.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image