Plan national des achats durables 2022-2025 : un bilan encourageant avant l’échéance de 2026

Il n’est toutefois pas ADMYS que les objectifs fixés par la loi Climat et résilience soient déjà atteints. À moins d’un an de l’entrée en vigueur des nouvelles obligations applicables à la commande publique en août 2026, plusieurs défis demeurent, notamment en matière de suivi des données, d’accompagnement des petits acheteurs et de généralisation des clauses environnementales et sociales.

Le Commissariat général au développement durable (CGDD) a récemment publié le bilan du Plan national des achats durables (PNAD) 2022-2025, troisième feuille de route nationale dédiée à l’intégration des enjeux environnementaux et sociaux dans la commande publique. Ce document dresse un état des lieux particulièrement instructif à quelques mois de l’entrée en vigueur des dispositions de l’article 35 de la loi Climat et résilience.

Pour mémoire, cette réforme imposera à compter du 22 août 2026 l’intégration d’au moins une clause et un critère environnementaux dans l’ensemble des contrats de la commande publique, ainsi qu’une clause sociale dans les contrats dépassant les seuils européens. Le PNAD avait précisément pour vocation de préparer les acheteurs publics à cette échéance.

Doté d’un budget de 19,5 millions d’euros, dont 15,9 millions consacrés au volet social et 3,6 millions au volet environnemental, le plan poursuivait deux objectifs ambitieux : intégrer une considération environnementale dans 100 % des contrats publics et une considération sociale dans 30 % d’entre eux.

Le premier enseignement du bilan concerne le pilotage de l’achat durable par la donnée. Les statistiques publiées montrent une progression significative de la prise en compte des considérations environnementales et sociales entre 2021 et 2023. La part des marchés intégrant une considération environnementale est ainsi passée de 18,7 % à 29,1 % en nombre de contrats, tandis que les considérations sociales ont progressé de 13,2 % à 18,7 %. Toutefois, le CGDD souligne que les évolutions du système de collecte intervenues en 2024 rendent les comparaisons délicates et révèlent encore d’importantes difficultés de remontée et de fiabilisation des données. Le suivi quantitatif et qualitatif des clauses demeure ainsi un chantier majeur pour le prochain plan national.
Le deuxième enseignement réside dans le renforcement de la gouvernance de l’achat durable. Le PNAD a favorisé un dialogue élargi entre administrations, collectivités, centrales d’achat, acteurs de l’économie sociale et solidaire et organisations professionnelles. Cette gouvernance a vocation à être prolongée au sein du nouveau Conseil national de la commande publique (CNCP), créé en 2026 et doté d’un collège spécifiquement consacré aux achats durables.

Le bilan met également en lumière la montée en puissance des Schémas de promotion des achats publics socialement et écologiquement responsables (SPASER). Ces documents stratégiques, obligatoires pour certains acheteurs publics, apparaissent comme un levier structurant de diffusion des bonnes pratiques. Selon l’enquête conduite par le CGDD, 80 % des répondants considèrent le SPASER comme un outil facilitant à la fois le portage politique des objectifs de durabilité et la mobilisation des services et partenaires économiques du territoire. Les structures dotées d’un SPASER affichent d’ailleurs des taux d’intégration des considérations environnementales et sociales sensiblement supérieurs à la moyenne nationale.
L’accompagnement des acheteurs constitue un autre axe fort du bilan. Sur le volet environnemental, le dispositif des guichets verts, expérimenté depuis 2022, a permis d’apporter un conseil de premier niveau aux acheteurs publics souhaitant intégrer des exigences environnementales dans leurs contrats. Le taux de satisfaction des utilisateurs atteint un niveau particulièrement élevé, même si le recours au dispositif reste encore limité au regard du nombre total d’acheteurs concernés et demeure concentré sur les collectivités les plus importantes.
Sur le volet social, le développement du réseau des facilitateurs de clauses sociales apparaît comme l’un des succès les plus marquants du plan. Plus de 170 équivalents temps plein supplémentaires ont été financés depuis 2022, portant le réseau à près de 650 ETP sur l’ensemble du territoire. Cette structuration a permis une progression spectaculaire du nombre de bénéficiaires des clauses sociales d’insertion, avec près de 85 000 personnes concernées en 2024 contre 15 700 en 2021.
Le PNAD a également permis la création ou le renforcement de nombreux outils opérationnels destinés aux acheteurs publics : portail achats-durables.gouv.fr, plateforme Rapidd, outil « La Ref », clausier « La Clause Verte », ressources dédiées aux SPASER ou encore outils d’analyse du cycle de vie. Les retours des utilisateurs sont globalement positifs, même si le bilan souligne la nécessité d’améliorer encore leur visibilité et leur appropriation par les acheteurs. Plus de 60 % des répondants à l’enquête considèrent que ces outils les ont aidés à rendre leurs achats plus durables.
Enfin, le bilan rappelle que la réussite de la commande publique durable dépend désormais moins de la définition du cadre juridique que de sa mise en œuvre effective. Les enjeux identifiés pour le futur PNAD concernent notamment l’amélioration du suivi des données, l’accompagnement des petits acheteurs, le renforcement des outils sectoriels et le contrôle de l’exécution effective des clauses environnementales et sociales par les titulaires des marchés.

‍

Conclusion

Le bilan du PNAD 2022-2025 confirme que la commande publique durable est désormais entrée dans une phase de généralisation. Les outils, les réseaux d’accompagnement et les dispositifs de gouvernance sont en place. Toutefois, l’échéance du 22 août 2026 impose une accélération des pratiques afin de garantir la conformité des contrats aux nouvelles obligations issues de la loi Climat et résilience. Pour les acheteurs publics, l’enjeu n’est plus seulement de s’engager dans l’achat durable, mais de s’assurer de sa mise en œuvre effective et de son suivi opérationnel.

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

28.05.2026

Validation de la constitutionnalité de la procédure d'expropriation sur état d’abandon manifeste

Il est ADMYS que la procédure d’expropriation des biens déclarés en état d’abandon manifeste, prévue aux articles L. 2243-1 à L. 2243-4 du Code général des collectivités territoriales (CGCT), est entourée de garanties suffisantes pour assurer le respect du droit de propriété. Par une décision du 22 mai 2026, le Conseil constitutionnel confirme ainsi la conformité à la Constitution de cette procédure spécifique d’expropriation mise en œuvre par les collectivités territoriales.

Blog Image

30.04.2026

Avis de l’ABF et permis unique : clarification du régime par le Conseil d’État

Il est ADMYS que, dans le cadre d’un permis de construire valant permis de démolir, les opérations de construction et de démolition sont dissociables. Dans ce cadre, l’avis défavorable de l’architecte des Bâtiments de France (ABF) portant sur les opérations de démolition ne lie l’administration qu’à cet égard, sans faire obstacle à l’instruction du volet construction du projet.

Blog Image

31.03.2026

Rupture jurisprudentielle sur la neutralité des élus locaux

Il est ADMYS qu'une interdiction générale des signes religieux ostensibles en séance d'un conseil municipal puisse être inscrite dans le règlement intérieur du conseil. Par une ordonnance du 18 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Dijon etient une conception sensiblement plus exigeante de la laïcité que celle jusqu’ici admise.

Blog Image

22.06.2026

Bail commercial sur le domaine privé communal

Il est ADMYS que la qualification d’un contrat conclu par une collectivité ne dépend ni de son intitulé ni de la seule qualité publique du bailleur. Par un jugement du 12 mai 2026 (TJ Montpellier, pole civil sect. 2, 12 mai 2026, n° 24/05454) le Tribunal judiciaire de Montpellier rappelle qu’un local commercial appartenant à une commune peut parfaitement relever du statut des baux commerciaux lorsque le bien n’appartient pas au domaine public et que le contrat ne comporte pas de clauses exorbitantes du droit commun.

Blog Image

17.10.2025

Eaux pluviales, mur de soutènement et compétence transférée : la chaîne de responsabilité en question

Il est ADMYS que le transfert de la compétence gestion des eaux pluviales (GEPU) implique la substitution du nouveau gestionnaire dans la responsabilité liée au réseau d’évacuation, y compris pour des faits antérieurs au transfert. La Cour administrative d’appel de Marseille (13 mai 2025, n°23MA01504) rappelle en outre que la circonstance qu’un mur soit implanté sur un terrain privé n’empêche pas sa qualification d’ouvrage public.

Blog Image

26.08.2026

Décret du 27 juillet 2026 : la "simplification" du droit de l'urbanisme continue

Il est ADMYS que le décret n° 2026-674 du 27 juillet 2026 simplifie plusieurs procédures en matière d’urbanisme. Sans bouleverser les règles de fond, il allège certaines formalités, précise les modalités d’instruction de certaines demandes d’autorisation d’urbanisme et clarifie les règles de publicité applicables aux documents d’urbanisme.

Blog Image

22.06.2026

Loi de simplification de la vie économique : encore des dérogations en matière d'urbanisme et d'environnement...

Il est ADMYS que la loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 poursuit un objectif assumé d’accélération des projets publics et privés. Sans remettre en cause fondamentalement le rôle structurant des documents de planification, le législateur continue de multiplier les mécanismes dérogatoires destinés à faciliter la réalisation des projets jugés stratégiques, notamment dans les domaines du numérique, de l’énergie et de l’aménagement commercial.

Blog Image

31.03.2026

Légalité d’un refus de permis au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme, même en cas d’OAP prévoyant des VRD

Il est ADMYS que la seule définition, par une commune, d’une orientation d’aménagement et de programmation (OAP), y compris lorsqu’elle comporte un schéma d’aménagement précisant les caractéristiques des voies et espaces publics, ne suffit pas à manifester l’intention de la collectivité de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics pouvant justifier un refus de délivrance d’une autorisation d’urbanisme, au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image