Quand une exigence injustifiée peut faire tomber à l’eau toute une procédure de passation…

Par un avis d’appel à la concurrence du 9 décembre 2024, le Syndicatmixte Aquavesc a engagé une procédure de passation d’une concession deservice public portant sur la production et la distribution d’eau potablesur son territoire.

 

Dans le règlement de la consultation, une obligation dereprise d’un contrat d’achat d’eau décarbonatée conclu avec le concessionnairesortant également candidat à la procédure, s’imposait au futurconcessionnaire, pour un montant de plus de 33 millions d’euros,correspondant à près de 39 millions de mètres cubes d’eau.

 

Estimant que cette obligation rompait l’égalité entre lescandidats, un concurrent évincé a saisi le juge du référé précontractuel,qui a annulé la procédure, ce qui a conduit le Syndicat et l’attributaire à sepourvoir en cassation.

 

De jurisprudence constante, l’acheteur ou l’autoritéconcédante demeure libre de définir son besoin, dès lors que le juge duréféré précontractuel ne se substitue pas à son appréciation descaractéristiques du besoin exprimé (CE, 2octobre 2013, Département de l’Oise, req. n°368846).

 

Pour autant, cette liberté n’est pas absolue.L’acheteur ne saurait imposer aux candidats des exigences qui seraientmanifestement dépourvues de lien avec l’objet du contrat ou manifestementdisproportionnées, dès lors qu’elles sont susceptibles de porter atteinteau principe d’égalité de traitement (CE, 2octobre 2013, Département du Lot-et-Garonne, req. n°368900).

 

Dans la décision du 16 juin 2026, le Conseil d’État rappelleque, si l’autorité concédante définit librement son besoin, elle ne peutimposer aux candidats des exigences susceptibles d’avantager ou dedésavantager certains d’entre eux lorsqu’elles ne sont pas nécessaires àla bonne exécution du contrat. Il appartient au juge du référéprécontractuel d’en vérifier la nécessité.

 

En l’espèce, le juge relève que l’usine mise à dispositiondu futur concessionnaire permettait déjà de couvrir l’ensemble des besoinsdu Syndicat pour satisfaire les besoins du service, sans qu’il soit nécessairede recourir à la convention d’achat d’eau litigieuse.

 

Dans ces conditions, contrairement à ce que soutenaient lesrequérants, c’est sans excéder son office que le juge du référé précontractuela considéré que cette obligation procurait un avantage concurrentiel auconcessionnaire sortant, qui était à la fois bénéficiaire de laconvention d’achat d’eau et candidat à l’attribution de la concession.Cette exigence méconnaissait le principe d’égalité de traitement descandidats et était, par conséquent, susceptible de léser le concurrentévincé.

 

Cette décision confirme que le référé précontractuel peutvérifier si une exigence imposée aux candidats est nécessaire à la bonneexécution du contrat lorsque ce contrôle est indispensable pour apprécier lerespect du principe d’égalité de traitement.

‍

Conclusion

Par cette décision, le Conseil d’État rappelle que laliberté de définition du besoin trouve sa limite dans le respect de l’égalitéentre les candidats. Lorsqu’une obligation est imposée par l’autoritéconcédante, celle-ci doit être en mesure de démontrer qu’elle est réellementnécessaire à la bonne exécution du contrat. A défaut, le juge du référéprécontractuel pourra censurer la procédure de passation.

‍

Tous nos articles

Votre veille juridique signée ADMYS

Nous suivons de près l’actualité juridique pour vous offrir un regard clair, précis et utile sur les changements qui impactent vos activités.

Blog Image

20.07.2026

Du lancer de nains au gang bang, la dignité humaine comme composante réaffirmée de l'ordre public

Il est ADMYS que le droit administratif réserve parfois des décisions inattendues. Par un arrêt du 15 juillet 2026 (n° 513080), le Conseil d'État confirme qu'un préfet peut légalement ordonner la fermeture administrative d'un établissement organisant des événements de type « gang bang » lorsque les conditions concrètes de leur organisation portent atteinte à la dignité de la personne humaine et exposent les participantes à un risque de commission d'infractions pénales.

Blog Image

21.04.2026

Conflit d’intérêts en AMO : un vice ab initio qui contamine toute la procédure

Il est ADMYS que la cessation d’une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage, même postérieure à l’annulation d’une procédure de passation, ne permet pas, à elle seule, de sécuriser la reprise de cette procédure lorsqu’un conflit d’intérêts existait dès l’origine, en particulier en raison de l’accès à des informations confidentielles.

Blog Image

31.03.2026

Légalité d’un refus de permis au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme, même en cas d’OAP prévoyant des VRD

Il est ADMYS que la seule définition, par une commune, d’une orientation d’aménagement et de programmation (OAP), y compris lorsqu’elle comporte un schéma d’aménagement précisant les caractéristiques des voies et espaces publics, ne suffit pas à manifester l’intention de la collectivité de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics pouvant justifier un refus de délivrance d’une autorisation d’urbanisme, au sens de l’article L. 111-11 du Code de l’urbanisme.

Blog Image

15.09.2026

Visite du pape : quand l’intérêt public local justifie la dépense communale

Il est ADMYS que le principe de laïcité n’interdit pas, par lui-même, à une collectivité de financer un dispositif lié à un événement comportant une dimension religieuse, dès lors que la dépense répond à un intérêt général local suffisamment caractérisé. À l’occasion de la visite du pape Léon XIV à Metz, le juge des référés retient notamment la portée internationale de l’événement, l’affluence attendue et les finalités d’accueil et de gestion des flux pour écarter, en l’état de l’instruction, tout doute sérieux sur la légalité de la dépense.

Blog Image

15.06.2026

Élection municipale : l’inéligibilité d’un entrepreneur de services municipaux peut-elle entraîner l’annulation de l’élection du maire ?

Il est ADMYS que l’éligibilité des candidats demeure une condition essentielle de la régularité des élections municipales. Par un jugement n°2603306 (non publié) du 22 mai 2026, le Tribunal administratif de Grenoble a annulé l’élection du maire de Val d’Isère après avoir constaté son inéligibilité en qualité d’entrepreneur de services municipaux.

Blog Image

17.10.2025

Quand les biens de retour d'une concession funéraire enterrent le droit de propriété

Il est ADMYS que la qualité de propriétaire d’un terrain sur lequel ont été construits des biens nécessaires à l’exploitation d’un service public ne fait pas obstacle au retour gratuit de ces biens à la commune au terme de la concession de service public (CAA Lyon, 7 novembre 2024, Société Pompes funèbres régionale roannaise, n°24LY00428).

Blog Image

17.08.2026

Burkini sur les plages : une interdiction ne peut reposer sur des risques anciens ou hypothétiques

Il est ADMYS que… le maire ne peut interdire, sur les plages, le port d’une tenue manifestant une appartenance religieuse sans établir l’existence de risques actuels et avérés de troubles à l’ordre public. Par une ordonnance du 6 août 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Nice a ainsi suspendu l’arrêté du maire de Mandelieu-la-Napoule interdisant notamment le port du burkini sur les plages communales.

Blog Image

05.02.2026

Durée des accords-cadres : le pragmatisme imposé par la vie des contrats

Il est ADMYS que la fixation par le Code de la commande publique (« CCP ») d’une durée maximale pour les accords-cadres s’oppose, par principe, à ce qu’une une telle durée soit prolongée. Toutefois, confronté aux exigences concrètes de l’exécution des contrats publics, le juge administratif continue d’affiner les contours d’une telle règle, oscillant entre rigueur juridique et pragmatisme.

Blog Image

17.11.2025

Préemption : interprétation stricte de l’erreur substantielle quant à la consistance du bien mentionnée dans la DIA

Il est ADMYS qu’une première déclaration d’intention d’aliéner (DIA) mentionnant un bien bâti destiné à la démolition n’est pas entachée d’une erreur substantielle relative à sa consistance, pouvant motiver l’irrecevabilité de cette déclaration par l’autorité préemptrice, de sorte que la réception d’une seconde DIA ne fait pas courir le délai de deux mois pour exercer le droit de préemption.

Blog Image

06.11.2025

Le bail rural des personnes publiques à l’épreuve du temps

Il est ADMYS que les personnes publiques doivent respecter le droit de priorité des « jeunes agriculteurs » lors de l’attribution des baux ruraux. La Cour administrative d’appel de Nancy dans deux décisions du 16 septembre 2025 vient de clarifier au moins partiellement le droit de priorité prévu par l’article L. 411-15 du Code rural et de la pêche maritime.

Blog Image

16.07.2026

Vente immobilière publique : l’acquéreur ne dispose pas d’un droit acquis à la prorogation de la durée de validité du seul fait de la délibération qui autorise la conclusion d’un avenant à l’acte de vente jamais intervenu

Il n'est pas ADMYS qu'une délibération autorisant la signature d'un avenant suffise à modifier les conditions d'une vente immobilière publique. Par une décision du 26 mai 2026, le Conseil d'État rappelle qu'une délibération autorisant le maire à conclure un avenant ne crée aucun droit acquis au profit du cocontractant tant que cet avenant n'a pas été effectivement signé (CE, 26 mai 2025, Commune de Martigues, req n°503135).

Blog Image

17.06.2026

Plan national des achats durables 2022-2025 : un bilan encourageant avant l’échéance de 2026

Il est ADMYS que la commande publique durable a franchi une étape importante avec le Plan national des achats durables (PNAD) 2022-2025. En structurant l’accompagnement des acheteurs publics, en développant des outils opérationnels et en renforçant les réseaux territoriaux, ce plan a contribué à diffuser les pratiques d’achat durable dans l’ensemble des territoires.

Vous recherchez votre partenaire juridique ?

Notre équipe est à votre écoute pour répondre à vos besoins, sécuriser vos projets et proposer un accompagnement sur mesure. Définissons ensemble vos besoins de manière efficiente et sans engagement.

Project Image